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Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 1995, doc. 17
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| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
| Archival classification | CH-BAR#E1050.37#2000/82#46* | |
| Dossier title | Kommissionssitzung vom 27. und 28. März 1995 (1995–1995) | |
| File reference archive | 3 |
dodis.ch/71849Séance de la Commission de politique extérieure du Conseil national du 28 mars 19951
Situation politique et économique au Mexique
[...]2
M. Cotti, conseiller fédéral: Voici quelques indications sur la situation au Mexique. Trois sont les défis auxquels le Mexique se trouve confronté ces derniers mois.
D’abord un défi interne, la nécessité d’apaiser la vague insurrectionnelle de l’État du Chiapas par la négociation. L’explosion de janvier 1994 a mis à nu les problèmes du pays aussi en matière de droits de l’homme, du traitement des minorités et de cohésion sociale, des problèmes dont on connaissait l’existence mais qui ont éclaté après la nouvelle nomination présidentielle.3 Ces problèmes ne pouvaient d’ailleurs pas être cachés indéfiniment.
Ensuite il y a le problème de la démocratisation. Vous connaissez le Parti révolutionnaire institutionnel au pouvoir depuis 1929, au pouvoir dans la grande majorité des 31 États du pays. Il est présent dans tous les milieux et tous les secteurs.4
Enfin il y a les problèmes économiques, le dénouement de la crise monétaire qui frappe le Mexique depuis la fin 1994 et le rétablissement de la confiance de la communauté internationale. On peut dire que le paquet d’aide qui vise à soutenir le cours du peso mexicain aura comme contrepartie une réduction de la marge de manœuvre du gouvernement et, sur la base de mesures d’austérité, des crises au niveau de l’emploi, du pouvoir d’achat des citoyens. Ce sont les conséquences inévitables de ce qui a dû être fait d’extrême justesse il y a quelques mois.5
Ces trois défis sont intimement liés entre eux. Le discrédit dont souffre le PRI face à ses responsabilités en relation avec cette triple crise est très grand. La défaite électorale dans l’important État du Jalisco en janvier 1995 montre un effritement objectif du pouvoir du PRI. L’étendue et la vitesse des réformes politiques et économiques effectuées à partir de 1988 ont certes favorisé l’avènement d’un processus de modernisation qui a même permis au Mexique d’être admis à l’OCDE en avril 1994.6 Vous vous rappelez peut-être le concert qui a accompagné cette admission, admission d’un pays en voie de développement, à même de resurgir et d’assumer une position de concurrence comparable à d’autres pays. La déception et la surprise ont donc été d’autant plus grandes il y a quelques mois.
Les élections du mois d’août 1994 ont montré qu’au niveau politique les choses n’avaient pas énormément changé. Les élections présidentielles ont certes été régulières en comparaison avec l’histoire électorale du Mexique. L’opposition au processus de réforme des potentats locaux menacés dans leurs privilèges et des conservateurs à l’intérieur du PRI est à l’origine des profondes divisions qui secouent le parti. Voilà les raisons probables des deux assassinats de M. Colosio, candidat présidentiel, et d’un autre fervent partisan du renouvellement à l’intérieur du parti.7 C’est dans ce contexte que le frère de l’ancien président Salinas de Gortari a été arrêté le 28 février 1995, soupçonné d’avoir commandité cet assassinat. Son inculpation a été prononcée le 6 mars 1995 par un juge mexicain. L’image de l’ancien président, déjà ternie à la suite de la crise monétaire qui a frappé le Mexique à partir du 20 décembre 1994, ainsi que celle des dignitaires du parti, a encore sensiblement chuté, également avec son départ soudain vers les États-Unis.8
J’en viens au problème zapatiste au Chiapas, où le gouvernement a continué à alterner entre dialogue et offensives militaires. Les choses vont probablement vers un certain apaisement. La révocation des ordres d’arrestation à l’encontre des dirigeants zapatistes en vigueur depuis le 9 février a été annoncée. Cette mesure complète celle qu’on a appelée la loi pour la conciliation, le dialogue et la paix au Chiapas, élaborée par le gouvernement en collaboration avec les quatre partis représentés au Parlement et adoptée le 9 mars.9
Pour réussir à surmonter sa triple crise, le pouvoir mexicain devra compter sur l’appui de l’opposition. C’est sans doute la première fois depuis 1929 que cela se manifeste. On notera qu’outre la loi pour la conciliation, le nouveau président Zedillo a convaincu les partenaires sociaux à signer, le 3 janvier dernier, un accord d’unité pour surmonter l’urgence économique. En outre le 17 janvier les trois partis d’opposition représentés au Parlement et le PRI ont paraphé un accord politique national pour renforcer, dit cet accord, le régime démocratique et construire un véritable État de droit. Les bouleversements des derniers mois mettent aussi en évidence certaines forces de renouvellement auxquelles il faut accorder toute la confiance possible. L’accord prévoit notamment une réforme électorale en profondeur. Il a été accueilli favorablement par toutes les parties y compris par la guérilla zapatiste. Il permet d’espérer que le Mexique réussisse à surmonter ce moment très délicat de son histoire et qu’il achève cette longue transition vers la démocratie.10
Quelques mots sur les relations avec la Suisse. Elles sont généralement bonnes, ne présentent pas de problème particulier. Notre presse et l’opinion publique s’étaient inquiétées lors de l’insurrection au Chiapas au sujet d’assertions selon lesquelles des avions de type Pilatus, vendus au Mexique alors qu’il n’était d’aucune manière ce qu’on appelle une zone d’insécurité, auraient été utilisés par l’aviation dans le cadre d’actions de répression contre la population civile. Différentes interventions ont été effectuées auprès des autorités mexicaines. Je rappelle en particulier celle en janvier 1994 de M. Blankart, Secrétaire d’État, et en février 1994 celle de M. Kellenberger, Secrétaire d’État, auprès de l’ambassadeur du Mexique à Berne.11 Les Mexicains ont toujours contesté cette utilisation. Par ailleurs, certaines visions télévisées semblaient indiquer une direction opposée. C’est pourquoi, sans entrer dans les détails – je serais prêt à le faire si vous le demandez –, le Conseil fédéral a décidé d’interdire à fin janvier 1995 la vente par la maison Pilatus de 48 avions de type PC-9 aux forces aériennes mexicaines.12 Un écho a été donné par la presse à cette décision, mais en aucune manière nos relations avec le Mexique n’ont été affectées. La décision du Conseil fédéral se basait sur la pratique précédente et sur nos dispositions actuelles. Elle était inévitable si on veut que les différents éléments liés à notre neutralité et à notre action pour les droits de l’homme ne restent pas des mots mais se traduisent dans les faits.13
Bäumlin: Ich hatte diese Frage zur Behandlung vorgeschlagen und dabei erwartet, dass entweder Herr Bundesrat Delamuraz oder Herr Bundesrat Stich sie beantworten würde. Meiner Meinung nach sind wir in der Krise in Mexiko – die Sie «unerwartet» genannt haben – nicht nur durch die Geschichte mit dem Pilatus Porter involviert. Diese Krise kann übrigens nicht so unerwartet gewesen sein, denn es ist eine weltwirtschaftspolitische und weltfinanzpolitische Krise. – Fragen: 1. Zu den ökonomischen Problemen: Warum hat sich die Schweiz beim Hilfspaket, das von Amerika auf den IWF verschoben wurde, der Stimme enthalten? Ich nehme an, dass dies die ökonomischen Probleme Mexikos noch verschärfen wird, indem es die Verschuldungskrise verstärken wird. – 2. Zu Tschiappas: Herr Bundesrat Cotti, was sagen Sie zu der Nachricht, dass die letzte Intervention in Tschiappas von den amerikanischen Investitoren verlangt wurde? Auch die Schweiz ist ja über die Weltwirtschaft in diese Krise involviert, mitgefangen in dieser Krise, die dazu führen kann, dass Mexiko vom Schwellenland wieder auf die Stufe eines Entwicklungslandes absinkt. Machen wir dann dort einfach wieder Entwicklungszusammenarbeit?
M. Colombo: La Suisse s’est abstenue lors du vote au FMI sur le crédit stand-by au Mexique, non pas parce qu’elle n’approuvait pas le programme négocié entre le FMI et le gouvernement du Mexique, mais parce que, d’une part, elle estimait que le montant était trop élevé et que, d’autre part, avec la majorité des pays européens, elle voulait protester et montrer qu’elle n’admettait pas que l’on annonce un paquet qui comprenait une partie financée par le FMI un jour avant la réunion du Conseil qui devait décider de ce crédit du FMI.14
La Suisse avait notamment estimé que la deuxième moitié de ce crédit aurait pu être discutée plus longuement lors d’une deuxième séance du Conseil du FMI, ce qui aurait laissé le temps de poser certaines questions et de demander certaines assurances. Comme vous le savez l’annonce avait été faite par le président des États-Unis et par le directeur général du FMI15 et il s’agissait d’éviter le pire, c’est-à-dire de ne pas donner des arguments financiers au marché pour attaquer encore davantage le peso.
M. Zwahlen: Dans la crise financière et la crise mexicaine, nous nous trouvons devant un cas assez grave où une conjonction d’intérêts n’a pas été favorable. D’une part, il y avait les élections mexicaines. La campagne a été faite sur le peso fort qui ne tenait pas avec les conditions économiques du pays. D’autre part, aux États-Unis M. Clinton n’avait pas été favorable à la NAFTA au départ. Quand il s’y est rallié il ne voulait pas, l’ayant signée, que tout de suite le peso dévalue et qu’il y ait des problèmes sur le marché américain. Cette crise a été très mal gérée. Les réserves monétaires du Mexique qui étaient à peu près de 26 ou 27 milliards de dollars en février 1994 ont fondu pour atteindre environ 4 milliards en fin d’année.16 On est constamment intervenu pour défendre un taux de change surévalué; cela ne pouvait pas tenir à la longue. À mesure que la crise approchait, on a fait pression sur les différents partenaires pour qu’ils accordent une aide sans précédent. Le premier mouvement des États-Unis a été cette idée d’un paquet relativement généreux, mais que le Congrès n’a pas été très bien disposé à accepter. Les États-Unis se sont repliés sur leur mécanisme; ils ont une somme de dollars qu’ils peuvent mobiliser pour intervenir sur les marchés des changes. Ils ont utilisé cet argent et se sont adressés au FMI et à la BRI. La BRI a moins bien répondu que le FMI en ce sens que les crédits que nous donnons ne seront pas réellement déboursés. Cette situation a été très difficile. Les organisations internationales ne peuvent pas remplir leur rôle si elles sont soumises à une pareille pression politique.17 Il faut les préserver contre ce genre d’ingérence politique. Ce qui a été le plus fatal, c’est que les Mexicains, voyant leurs réserves monétaires diminuer, pour maintenir l’afflux de fonds à court terme, ont créé ces fameux theso-bonos qui étaient garantis en dollars. Ce sont les investisseurs américains qui ont gagné des sommes considérables. C’est un peu la communauté internationale qui paie les pots cassés pour les Américains. Je le dis sans légèreté de cœur, mais entre les grandes puissances, il y a une sorte de marché qui donne ceci pour le Mexique pour autant qu’ailleurs on ne soit pas abandonné si la Russie fait défaut. Ce genre de constellation politique existe et provoque une sorte d’équilibre de la terreur qui n’est pas très sain.18
[...]19
- 1
- CH-BAR#E1050.37#2000/82#46* (3). La séance s’est tenue de 8h00 à 12h30 au Palais fédéral à Berne. Lors de la séance, présidée par le Conseiller national Ernst Mühlemann, sont entre autres présents comme invités pour traiter du point 3.2: le Chef du DFAE, le Conseiller fédéral Flavio Cotti, le Délégué aux questions monétaires et financières internationales de l’Administration fédérale des finances (AFF) du DFF, Giovanni-Antonio Colombo, le Délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux, l’Ambassadeur Nicolas Imboden, et le Directeur du 3ème Département de la Banque nationale suisse (BNS), le Directeur général Jean Zwahlen. Le procès-verbal particulier 2 de la séance est pris sous la responsabilité du Secrétaire de la Commission, Alfred Aebi. Pour l’ensemble du procès-verbal particulier 2, où sont également abordés les effets de la politique monétaire sur l’économie extérieure, la situation au Sahara occidental et les actualités du DFAE, cf. le facsimilé dodis.ch/71849. Pour l’ensemble du procès-verbal de la séance de Commission des 27 et 28 mars 1995, cf. dodis.ch/70157.↩
- 2
- Pour la version complète du document, cf. le facsimilé dodis.ch/71849.↩
- 3
- À propos du soulèvement au Chiapas, cf. le rapport politique No 2 de l’Ambassadeur de Suisse à Mexico, Gérard Fonjallaz, du 17 janvier 1994, dodis.ch/67944.↩
- 4
- Sur la crise du Parti révolutionnaire institutionnel, cf. le rapport politique No 15 de l’Ambassadeur Fonjallaz du 28 novembre 1994, dodis.ch/67946.↩
- 5
- Sur la crise financière du Mexique qui éclate en décembre 1994 et se poursuit au début de l’année 1995, cf. la compilation dodis.ch/C2707.↩
- 6
- Sur les réformes économiques mexicaines entamées dès 1988 dans le cadre du Plan Brady, cf. le PVCF No 1369 du 23 août 1989, dodis.ch/55764. Cf. également la visite du Président Carlos Salinas de Gortari en Suisse les 2 et 3 février 1990, DDS 1990, doc. 4, dodis.ch/56233. Sur l’adhésion du Mexique à l’OCDE, cf. la notice du Directeur de l’Office fédéral des affaires économiques extérieures (OFAEE) du DFEP, le Secrétaire d’État Franz Blankart, du 14 juillet 1995, dodis.ch/68252.↩
- 7
- Cf. le rapport politique No 15 de l’Ambassadeur Fonjallaz du 28 novembre 1994, dodis.ch/67946.↩
- 8
- Raúl Salinas de Gortari, frère aîné de Carlos, qui est Président du Mexique de 1988 à 1994. Au sujet de l’arrestation et de l’inculpation de Raúl, cf. le télex No 25 du Chargé d’affaires de l’Ambassade de Suisse à Mexico, Jean-Claude Richard, du 28 février 1995, dodis.ch/72999.↩
- 9
- Cf. à ce sujet la discipline de langage de la Division politique II du DFAE du 5 avril 1995, dodis.ch/68419.↩
- 10
- Cf. à ce propos le télex No 52 du Chargé d’affaires de l’Ambassade de Suisse à Mexico, François Barras, du 4 avril 1995, dodis.ch/73000.↩
- 11
- Luis Antonio de Pablo Serna. À propos de ces deux interventions, cf. la notice du Chef de la Division politique II, l’Ambassadeur Heinrich Reimann, du 24 janvier 1994, dodis.ch/73001.↩
- 12
- Cf. le PVCF No 148 du 30 janvier 1995, dodis.ch/68816.↩
- 13
- Sur le refus du Conseil fédéral d’exporter des avions Pilatus vers le Mexique, cf. la compilation dodis.ch/C2690.↩
- 14
- À propos de l’abstention suisse, cf. le procès-verbal du Directoire de la BNS No 64.1 du 2 février 1995, dodis.ch/72556, ainsi que le PVCF No 294 du 22 février 1995, dodis.ch/69935.↩
- 15
- Respectivement Bill Clinton et Michel Camdessus. Lors de la réunion de printemps des institutions de Bretton Woods, les 26 et 27 avril 1995 à Washington, le Chef du DFF, le Conseiller fédéral Otto Stich, manifeste une nouvelle fois le mécontentement de la Suisse au Directeur général du FMI Camdessus, cf. la note d’information du DFF au Conseil fédéral du 2 mai 1995, dodis.ch/71330.↩
- 16
- Cf. la notice du Chef de la Section FMI et financements internationaux de l’AFF, Fritz Zurbrügg, du 30 décembre 1994, dodis.ch/71713.↩
- 17
- Cf. à ce sujet la note d’information du DFF au Conseil fédéral du 2 mai 1995, dodis.ch/71330.↩
- 18
- Sur les conséquences de la crise financière mexicaine, cf. également le procès-verbal du Directoire de la BNS No 148.1 du 23 mars 1995, dodis.ch/72352, ainsi que l’exposé du Directeur général de la BNS Markus Lusser devant le Comité de banque de la BNS du 7 avril 1995, dodis.ch/72588.↩
- 19
- Pour la version complète du document, cf. le facsimilé dodis.ch/71849.↩
Relations to other documents
| http://dodis.ch/71849 | is part of | http://dodis.ch/70157 |
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Mexico (Politics) Monetary issues / National Bank Western Sahara First Chechen War (1994–1996)


