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| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
| Archival classification | CH-BAR#E2023A-01#2005/37#4320* | |
| Dossier title | Mission suisse à Genève (1994–1996) | |
| File reference archive | o.714.61 |
| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
| Archival classification | CH-BAR#E2024B#2003/261#1781* | |
| Dossier title | Genf (1995–1995) | |
| File reference archive | a.721.81 |
| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
| Archival classification | CH-BAR#E2210.7-05#2006/118#12* | |
| Dossier title | Rapports de poste (1995–1995) | |
| File reference archive | 011.3 |
dodis.ch/70223Rapport de fin de mission du Chef de la Mission permanente de la Suisse près les organisations internationales à Genève, l’Ambassadeur de Riedmatten1
Quelques réflexions après six années d’activité à Genève
Tel qu’il est conçu actuellement, le rôle du chef de la Mission permanente à Genève est à la fois très intéressant et très lourd.
L’intérêt provient de l’éventail considérable des questions dont il a à s’occuper, de la qualité généralement remarquable de ses interlocuteurs et de son rôle charnière entre autorités fédérales et autorités genevoises. Mais ce qui fait l’intérêt et le charme de ce poste en fait aussi la difficulté: le chef de Mission est extrêmement sollicité de toute part et constamment écartelé entre ses responsabilités de représentant suisse auprès des organismes internationaux d’une part, de représentant du pays hôte d’autre part.
Par rapport à la situation que j’ai trouvée à mon arrivée à Genève en 1989 le poids du poste n’a cessé d’augmenter. Les raisons en sont multiples: relance de nombreuses négociations après la fin du conflit Est–Ouest, développement considérable de certains domaines des relations internationales (par exemple l’environnement),2 multiplication des crises humanitaires, augmentation du nombre des États représentés à Genève (actuellement plus de 140), passage de personnalités politiques de premier plan, concurrence croissante à l’égard du rôle international de Genève, etc.
J’estime qu’aujourd’hui la Mission n’est plus équipée pour faire face de manière satisfaisante aux nombreux défis auxquels elle est confrontée.
Au niveau du chef de Mission il me paraîtrait souhaitable de séparer les tâches de représentant diplomatique et de représentant du pays hôte. On pourrait par exemple imaginer que le chef adjoint de la mission soit chargé de l’ensemble des tâches afférentes au pays hôte avec collocation d’un titre d’ambassadeur pour en faire un interlocuteur valable pour les chefs de Missions et hauts fonctionnaires étrangers. Ceci permettrait au chef de Mission de se consacrer exclusivement – et au même titre que ses collègues étrangers – aux tâches proprement diplomatiques de son cahier des charges. Dans ces conditions, le chef de Mission serait à même d’accepter des mandats internationaux lorsque ceux-ci lui sont proposés. Alors que mon prédécesseur3 m’avait laissé entendre qu’en raison du volume de travail il n’était plus possible d’accepter de tels mandats, j’en ai néanmoins accepté deux (présidence du Comité exécutif du Haut Commissariat des réfugiés (42 États) pour l’année 1991/924 et présidence de la Conférence plénière de l’UIT, regroupant quelque 150 États pendant 3 semaines, en 1993).5
Malgré le soutien de la Centrale d’une part (DDA et OFCOM), de mes collaborateurs à la Mission d’autre part, ces présidences ont été extrêmement difficiles à concilier avec mes tâches habituelles. C’est pour cette raison que je me suis vu contraint de renoncer à la présidence du HLWG (Groupe occidental de coordination humanitaire) qui m’avait été proposée par mes collègues pour l’année 1992/93.
Au niveau des collaborateurs chargés de tâches purement diplomatiques la dotation de la mission est nettement trop faible. Alors que dans d’autres villes nous avons une Mission multilatérale dotée de plusieurs diplomates pour suivre une, voire deux ou trois organisations, à Genève la situation est l’inverse: chaque diplomate est censé suivre simultanément plusieurs organisations qui, pour la plupart, travaillent à un rythme accéléré et s’occupent de questions qui intéressent la Suisse au premier chef (humanitaire, droits de l’homme, environnement, propriété intellectuelle, CERN, etc.). Malgré un engagement exemplaire des intéressés ils ne sont généralement plus en mesure d’approfondir les dossiers et de défendre les intérêts suisses de manière satisfaisante. Inutile de dire que dans ces conditions la Mission n’est, en règle générale, plus à même de suivre (et d’exploiter) les nombreuses négociations ad hoc qui, régulièrement, choisissent Genève comme lieu de siège. (Conférences et réunions sur l’ex-Yougoslavie,6 négociations bilatérales USA–Corée du Nord, contacts du Secrétaire général de l’ONU avec ses envoyés spéciaux, etc).
En ce qui concerne le secteur du pays hôte – lui aussi débordé par le volume de travail – la discussion est en cours avec la Centrale pour voir comment le renforcer pour être en mesure d’honorer pleinement les promesses faites dans le cadre de la négociation sur l’implantation de l’OMC à Genève.7
Dans ce contexte il serait important de trouver enfin une solution à la question des frais de représentation des agents diplomatiques à Genève. Je continue à ne pas comprendre pourquoi le chef de Mission et ses collaborateurs ne sont pas traités sur ce plan sur pied d’égalité avec leurs collègues en poste à l’étranger alors qu’ils ont des tâches de représentation certainement aussi importantes qu’eux.
La charge fiscale à Genève semble par ailleurs supérieure à ce qu’elle est à Berne. La conséquence en est que les collaborateurs de tous niveaux sont probablement discriminés par rapport à leurs collègues à Berne, facteur auquel s’ajoute un coût de la vie supérieur à celui de la capitale.
Il m’a paru important durant ces six années de présence à Genève de créer et de maintenir des contacts personnels avec les chefs de Mission étrangers, les chefs et hauts fonctionnaires des quelque 40 organismes internationaux, les autorités du canton et de la ville et les notables genevois.
C’est ainsi qu’à mon arrivée j’ai visité systématiquement tous les chefs d’agences et les chefs de Mission, ce qui m’a pris trois mois. Cet investissement s’est toutefois révélé payant en permettant d’établir un contact personnel qui, par la suite, a permis de régler de nombreux problèmes de manière informelle. J’ai également fait une visite d’entrée à tous les Conseillers d’État.
Je me suis également efforcé d’aller à toutes les fêtes nationales ou manifestations d’une certaine importance tant du côté des missions diplomatiques que des O.l. et des autorités genevoises.
Enfin, j’ai invité tous les nouveaux chefs de Mission et leurs épouses à un dîner à la résidence, en les mélangeant si possible à des invités suisses8. En raison de mon départ et des festivités du 50e anniversaire de l’ONU, je n’ai toutefois plus pu recevoir les chefs de mission arrivés après la mi-juin.
Ces gestes protocolaires – mais qui ont une signification politique évidente – ont fait qu’en six ans rares ont été en semaine les soirées sans obligations officielles. Je pense toutefois que, sur le plan genevois du moins, ces gestes ont été appréciés.
L’engagement parallèle de l’épouse du chef de Mission dans la vie sociale et associative de la Genève internationale me paraît une nécessité si l’on veut jouer correctement le rôle de représentant du pays hôte. Cela suppose de la part de l’épouse certains choix de même que certains sacrifices puisque ces activités empiètent très fortement sur la vie privée. De nombreux témoignages démontrent que cet engagement a été très apprécié et nous a apporté un «goodwill» utile à nos fonctions officielles. On ne peut dès lors que constater avec un certain étonnement que la Centrale semble faire si peu de cas de l’engagement de nos épouses.
J’ai entretenu de bonnes relations avec les trois Directeurs généraux de l’ONU à Genève qui, tout en ayant des approches et des styles très différents, se sont succédé à ce poste durant mon mandat.9
L’actuel DG, M. Vladimir Petrovsky, donne l’impression à ses interlocuteurs de rester assez marqué par son passé d’«apparatchik» soviétique, même s’il a été l’un des proches de Gorbatchev. Cela dit, depuis deux ans qu’il est à Genève, il s’efforce de promouvoir le rôle international de Genève, ce en quoi nous ne pouvons que le soutenir.10 Son épouse, femme intelligente, vive et sympathique est, selon l’usage, co-présidente d’honneur de la UN woman’s Guild avec l’épouse du chef de la Mission suisse.11
Le Corps diplomatique à Genève est dans l’ensemble d’une excellente qualité et caractérisé par le fait qu’un pourcentage important des chefs de Mission ne sont pas des diplomates professionnels. C’est ainsi que nous avons régulièrement à Genève d’anciens ministres, chefs d’entreprises, professeurs ou journalistes. La majorité de mes collègues ont quitté Genève pour reprendre soit des postes diplomatiques de première importance, soit des postes politiques (Ministre des affaires étrangères ou Secrétaires d’État), signe parmi d’autres de l’importance que les capitales accordent généralement à leur représentation à Genève. Il est évident que ces collègues étrangers, une fois de retour dans leur pays, parleront en bien ou en mal de Genève selon la manière dont ils auront été traités pendant leur séjour en Suisse. Leur consacrer assez de temps, les écouter, essayer de régler leurs problèmes me paraît dès lors constituer une tâche importante de cette mission et des autorités suisses. Dans ce contexte, l’on ne peut que s’étonner – et regretter – que malgré les demandes toujours plus pressantes de la Mission, la Centrale ait choisi d’ignorer longtemps le problème du «Syndicat sans Frontières», avec toutes les conséquences sur la position de la Genève internationale que l’on sait.12
Tout en étant animées par un patriotisme et un sens civique remarquables, les autorités genevoises sont fortement marquées dans leur style et leur manière d’agir par la proximité de la France et du monde latin. C’est peut-être l’explication d’un certain étonnement que l’on ressent parfois chez elles à l’égard du style ou de certaines décisions de la Centrale bernoise. Dirigeants d’un canton et d’une ville dont un tiers sont des étrangers et qui voient passer, année après année, les grands de ce monde ils sont naturellement ouverts au monde et en règle générale à l’aise dans les milieux internationaux et cosmopolites de la ville du bout du lac.13
Tout ceci rend leur commerce très agréable et, en tant que romand, je n’ai pas eu de difficultés à maintenir de bonnes et cordiales relations aussi bien avec les Corps constitués en tant que tels qu’avec ses membres individuellement. Le caractère par définition apolitique de mon statut de fonctionnaire m’a permis de côtoyer sans difficulté l’ensemble de l’éventail politique genevois, du maire communiste14 au président libéral du Conseil d’État.15
Quant au monde genevois, il recèle un nombre et une variété très grands de personnalités intéressantes et attachantes. Ma femme et moi avons essayé régulièrement de les mettre en contact avec les milieux internationaux: dans la plupart des cas, la chimie a bien marché et les effets escomptés de synergie se sont produits.
Même s’ils ont souvent quelque peine à rajeunir leurs comités et leurs membres, les nombreux clubs de rencontre qui existent à Genève jouent un rôle utile en jettant des passerelles entre Suisses et Internationaux. La Mission s’est efforcée de soutenir et faciliter leurs activités. Dans certains cas, le Chef de mission ou l’un des collaborateurs diplomatiques font partie du comité.
Pour la Mission bénéficier d’une relation de confiance absolue avec les responsables des O.I. au sein du DFAE, notre principal mais de loin pas notre unique interlocuteur, est capital. Cela implique notamment que la Mission et son chef soient pleinement informés et consultés sur toutes questions les concernant et que par ailleurs la Centrale respecte les voies de service et ne court-circuite pas la Mission dans ses contacts avec les instances à Genève (O.I. ou autorités locales).
En ce qui concerne les agents responsables à différents niveaux de ces dossiers, tel a généralement été le cas et je ne puis que souligner l’esprit de collégialité de nos rapports quasi quotidiens.
Au niveau du Directeur responsable cela a joué sans problèmes durant mes deux premières années d’activités puis à nouveau depuis le début de cette année. Dans l’intervalle en revanche le relais en direction de la Centrale n’a pas fonctionné comme il l’aurait dû, ce qui n’a pas manqué de compliquer singulièrement le travail de cette Mission sans parler de la perte de crédibilité qu’elle en a subi à l’égard de ses interlocuteurs genevois.
Engagée sur de nombreux fronts et appelée à se prononcer régulièrement au nom de la Suisse sur des questions de principe ou des questions techniques la Mission est fortement tributaire de la Centrale dont elle doit recevoir des instructions détaillées. Force est de constater que dans ce domaine certains services de la Centrale semblent avoir de la peine à réagir rapidement et à nous faire parvenir des instructions circonstanciées, fruit d’une concertation voire d’un arbitrage entre services concernés. La restructuration du Département, en répartissant les compétences de l’ancienne DOI sur plusieurs services, ne semble pas avoir amélioré la situation, du moins pour l’instant.16
Il me paraîtrait important d’analyser les raisons de ces carences. Est-ce le fait d’une dotation insuffisante des services conceptuels, d’une coordination interne pas assez développée ou, ce qui serait plus grave, le signe qu’un pays tel que le nôtre a atteint ses limites opérationnelles? Est-ce par ailleurs la conséquence d’une Centrale tellement axée sur les problèmes européens qu’elle n’estime plus pouvoir (ou devoir) accorder la même importance à ses relations avec le système onusien ou, de manière plus générale, à la diplomatie multilatérale?
Pour nous une réponse satisfaisante à ces questions est fondamentale car ce n’est qu’en défendant une politique mûrement réfléchie et cohérente et en étant régulièrement en mesure de faire des apports de substance au sein des instances internationales que nous resterons crédibles. À cet égard, Genève offre des possibilités d’action insoupçonnées qu’un pays tel que la Suisse aurait tout intérêt à exploiter, en particulier dans la période d’isolation internationale dans laquelle elle s’est placée par sa propre volonté.
L’une de mes grandes satisfactions tout au long de ces six dernières années aura été d’avoir la chance de bénéficier du concours de collaborateurs compétents, efficaces, loyaux et sympathiques. C’est grâce à leur engagement et leur sens exemplaire du devoir que cette Mission a réussi à remplir l’essentiel des tâches qui lui incombent. Mon souhait en quittant serait qu’à l’avenir cette Mission puisse pleinement jouer son rôle, ce qui suppose une reconnaissance de son «Stellenwert» par la Centrale et, conséquence logique, une dotation adéquate en ressources humaines et matérielles qui, à leur tour, devraient pouvoir compter à tous égards sur les apports professionnels d’une Centrale bien organisée.17
- 1
- CH-BAR#E2210.7-05#2006/118#12* (011.3). Ce rapport de fin de mission est rédigé et signé par le Chef de la Mission permanente de la Suisse près les Organisations internationales à Genève, l’Ambassadeur Bernard de Riedmatten. Le rapport est adressé au Secrétariat général du DFAE et distribué en copie au Chef de la Direction politique, le Secrétaire d’État Jakob Kellenberger, au Directeur-suppléant de la Direction politique, l’Ambassadeur Jean-Marc Boulgaris, au Chef de la Division politique III, l’Ambassadeur Armin Ritz, et au successeur de l’Ambassadeur de Riedmatten à Genève, l’Ambassadeur Walter Gyger.↩
- 2
- Cf. à ce propos la compilation Établissement des secrétariats des conventions sur le climat, la biodiversité et la désertification à Genève (1992–1996), dodis.ch/T1849.↩
- 3
- L’Ambassadeur Ernst Andres.↩
- 4
- Cf. à ce propos le rapport du Coordinateur en matière de politique internationale des réfugiés du DFAE, l’Ambassadeur Rudolf Weiersmüller du 5 novembre 1991, dodis.ch/58635.↩
- 5
- Cf. à ce sujet la note d’information du DFTCE au Conseil fédéral du 12 janvier 1993, dodis.ch/62481.↩
- 6
- Cf. à ce propos la compilation dodis.ch/T2213.↩
- 7
- Sur l’implantation de l’OMC à Genève, cf. la compilation dodis.ch/C2608. Sur le renforcement du secteur pays hôte, cf. la lettre de l’Ambassadeur de Riedmatten au Secrétaire d’État Kellenberger du 24 mai 1995, dodis.ch/71250, ainsi que la notice du Chef-suppléant de la Mission permanente de la Suisse près les Organisations internationales à Genève, l’Ambassadeur Christian Dunant, du 14 mai 1995, dodis.ch/71251.↩
- 8
- Annotation dans le texte original: Mon successeur trouvera à son arrivée une cartothèque et les listes habituelles d’invités.↩
- 9
- Respectivement Jan Mårtenson, Antoine Blanca et Vladimir Petrovski.↩
- 10
- Cf. à ce propos la notice de l’Ambassadeur Ritz sur la visite du Directeur général Petrovski auprès du Chef du DFAE, le Conseiller fédéral Flavio Cotti, et du Secrétaire d’État Kellenberger, du 27 novembre 1995, dodis.ch/69381.↩
- 11
- Respectivement Mira Petrovski et Chantal de Riedmatten.↩
- 12
- Cf. à ce sujet la notice sur la rencontre entre le Conseiller fédéral Cotti et le Directeur général Petrovski du 27 mai 1994, dodis.ch/69422.↩
- 13
- Le Conseil fédéral et le Conseil d’État genevois conviennent en 1995 de mettre sur pied un groupe de travail permanent conjoint pour déterminer les priorités de la Genève internationale, cf. la notice de la Cheffe-suppléante de la Section des questions état-hôte du DFAE, Caroline Kraege, du 13 janvier 1995, dodis.ch/68077, et le PVCF No 585 du 14 avril 1995, dodis.ch/70764.↩
- 14
- André Hediger.↩
- 15
- Olivier Vodoz.↩
- 16
- Cf. à ce propos DDS 1995, doc. 9, dodis.ch/64055, ainsi que la notice du Vice-directeur de la Direction du droit international public, Charles-Edouard Held, du 15 mai 1995, dodis.ch/68708.↩
- 17
- À la suite de ce rapport final, le successeur de l’Ambassadeurde Riedmatten, l’Ambassadeur Gyger, et l’Ambassadeur Boulgaris, mènent une réorganisation de la Mission permanente de la Suisse à Genève. Cf. notamment la lettre de l’Ambassadeur Gyger à l’Ambassadeur Boulgaris du 20 septembre 1995, dodis.ch/73222, le PVCF No 59 du 19 janvier 1996, dodis.ch/72294, ainsi que le dossier CH-BAR#E2210.7-05#2006/118#10* (011.0).↩
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Organizational issues of the FPD/FDFA Reorganisation of the FDFA (1994–1996)
