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Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 1993, doc. 49
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| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
| Archival classification | CH-BAR#E7001C#2001/86#807* | |
| Dossier title | Malaysia (1993–1993) | |
| File reference archive | 2310-1 |
| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
| Archival classification | CH-BAR#E8812#1998/341#181* | |
| Dossier title | BR-Sitzung vom 27. Oktober Gewässerschutzverordnung, Kartellgesetz (1993–1993) | |
| File reference archive | 1 |
| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
| Archival classification | CH-BAR#E7001C#2001/86#842* | |
| Dossier title | Thailand (1993–1993) | |
| File reference archive | 2310-1 |
| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
| Archival classification | CH-BAR#E2200.101-02#2007/54#194* | |
| Dossier title | Besuch BR Jean-Pascal DELAMURAZ in Bangkok vom 14.-17. Oktober 1993 (1993–1994) | |
| File reference archive | 541.0 |
| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
| Archival classification | CH-BAR#E7001C#2001/86#752* | |
| Dossier title | Reise BR Delamuraz nach Asien (1993–1993) | |
| File reference archive | 2310-02 |
dodis.ch/64330
Ma visite en Malaisie et en Thaïlande (10–17 octobre 1993)
Mon voyage avait pour but de relancer nos relations économiques bilatérales ainsi que d’améliorer le cadre pour le développement des entreprises suisses, qu’il s’agisse de commerce ou d’investissement, dans deux pays situés dans la région la plus dynamique du Monde. Alors que les principaux pays industrialisés envoient régulièrement des délégations au niveau ministériel, le moment était venu pour la Suisse de réaffirmer son intérêt et sa présence dans le Sud-Est asiatique. En effet, tandis que l’économie mondiale et en particulier les économies de la zone OCDE traversent une période de stagnation prolongée, l’essor impressionnant et continu de l’Asie du Sud-Est est particulièrement spectaculaire et économiquement bienvenu.2
Il est de ce fait de la plus grande importance pour notre économie de saisir pleinement les opportunités offertes par cette région qui, aujourd’hui, se trouve être la seule à donner une impulsion de croissance à l’économie mondiale. Qui plus est, les économies qui se seront frottées avec succès à la rude compétition prévalant dans ce Sud-Est asiatique en pleine ébullition, sont assurées d’être à la pointe de l’innovation et de la compétitivité dans le reste du Monde.
La Suisse occupe actuellement une position respectable dans cette région. En effet, contrairement aux idées reçues, notre économie est généralement bien implantée en Asie du Sud-Est. Cependant, face à la concurrence internationale qui se fait de plus en plus vive dans cette partie du Monde, il est indispensable que nous entreprenions des efforts accrus pour y affirmer notre présence, faute de quoi nous courrions le risque d’y perdre des parts de marché, ce qui inéluctablement se traduirait dans le moyen terme par une perte de substance pour notre économie.
C’est pourquoi j’ai dirigé une importante délégation mixte, en Malaisie et en Thaïlande, comprenant notamment l’Ambassadeur Nicolas Imboden, Délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux, et une vingtaine de personnalités occupant des positions dirigeantes dans les principaux secteurs de l’économie, dont M. Pierre Borgeaud, Président du Vorort.3
Mon choix s’est porté plus précisément sur ces deux pays pour les raisons suivante: Premièrement, il s’agissait de poursuivre l’opération de quadrillage du continent asiatique initiée en 1991 avec des visites mixtes en Corée du Sud et Singapour, et poursuivie en RP de Chine l’an dernier;4 deuxièmement, ces deux pays, situé au cœur de l’ASEAN, connaissent depuis plus d’une décennie des taux de croissance record, et sont sur le point de rejoindre le club des «nouveaux pays industrialisé d’Asie»; et troisièmement, ces deux pays, qui à l’instar de la Suisse, ne font partie d’aucun grand bloc et dont la prospérité dépend de leurs relations économiques extérieures, sont pour nous des alliés potentiels au sein des fora internationaux, notamment au GATT.5
Outre leur localisation géographique et leur appartenance commune à l’ASEAN, ces deux pays partagent un certain nombre de similitudes. En effet, la Malaisie et la Thaïlande affichent des taux de croissance économique de l’ordre de 8% par année, phénomène dû avant tout au formidable dynamisme du secteur manufacturier et aux exportations qui en découlent. L’adage «trade as an engine for growth» prend toute sa signification dans cette région. Il convient par ailleurs de relever que les deux pays s’affirment de plus en plus comme des acteurs importants dans le commerce international, ils sont parmi les trente premiers exportateurs de la Planète.
J’ai également noté d’importantes différences entre les deux pays. Tout d’abord, le niveau de développement économique n’est pas le même; le revenu par habitant est de près de 4000 Sfr. en Malaisie et aux environs de 2000 Sfr. en Thaïlande, ce qui atteste de la disparité effective qui existe entre les deux pays. La politique économique suivie par le Gouvernement est d’inspiration beaucoup plus libre-échangiste en Malaisie qui a dépassé le stade de substitution des importations, du moins pour ce qui concerne la production et le commerce des marchandises. Qui plus est, le Gouvernement malaisien, conduit par l’omnipotent Premier Ministre Mahatir, se fixe des objectifs précis et conduit une politique économique rigoureuse. En revanche, en Thaïlande où le pouvoir n’est pas personnalisé, le Gouvernement ne formule pas de visions claires pour l’avenir à moyen et long terme; il ne donne pas d’impulsions précises à la politique économique.
Je dirais que la Malaisie me fait penser à la Suisse de par son libre-échangisme, sa propreté et l’organisation rigoureuse de la vie économique du pays. En revanche, j’assimilerais la Thaïlande à un pays latin de l’Europe; mener des affaires y est plus compliqué, le cadre juridique est flou, il faut savoir se mouvoir dans le système thaï. Incontestablement, il est plus facile de travailler en Malaisie, ce qui me fut confirmé par les représentants du secteur privé suisse.
Paradoxalement pourtant, nos firmes sont beaucoup plus présentes en Thaïlande, que ce soit pour les exportations ou pour les investissements directs. Pénétrer le marché y est difficile, mais une fois l’autorisation accordée par le Gouvernement, on y travaille sans interférence. Un autre atout de la Thaïlande réside dans la stabilité des conditions offertes aux agents économiques, et ceci malgré les nombreux changements de gouvernement;6 certes, cette stabilité existe également en Malaisie, mais l’après Mahatir pourrait créer quelques turbulences dans un pays si hétérogènes.7
À Kuala Lumpur, j’ai eu l’occasion d’être reçu et de m’entretenir avec:8
– Mme Rafidah Aziz, Ministre du commerce international et de l’industrie pour un tour d’horizon de nos relations bilatérales et de notre coopération multilatérale
– M. Samy Vellu, Ministre de l’énergie, des télécommunications et des postes pour connaître les intentions du Gouvernement dans le domaine des investissements dans le secteur de l’énergie
– M. Sabbarudin Chik, Ministre des arts, de la culture et du tourisme afin d’explorer les possibilités de coopération dans le domaine du tourisme
– M. Najib Tun Razak, Ministre de la défense pour un tour d’horizon des questions de sécurité régionale
– M. Jaafar Hussein, Gouverneur de la Banque Centrale
– le Directeur général de l’Economic Planning Unit, cellule qui conseille le Premier Ministre9 en matière économique
J’ai également inauguré une centrale électrique dont les turbines ont été livrées par ABB. Le secteur privé suisse a en outre pu mener des entretiens avec des représentants de la National Chamber of Commerce and lndustry of Malaysia et de la Federation of Malaysian Manufacturers.10
Après une courte phase d’interventionnisme étatique, le Gouvernement a mis en place un programme de dérégulation industrielle, de rationalisation des activités étatiques, de promotion de l’investissement domestique et étranger, de promotion du secteur privé et de réduction drastique des engagements de l’État dans le domaine du développement et un contrôle strict des dépenses courantes de l’État.
La forte expansion du secteur industriel depuis 1988 ainsi que l’accroissement de la demande étrangère (principalement pour les produits électroniques) ont permis à l’économie malaisienne de réduire sa dépendance par rapport aux produits de base ainsi que de prendre de la vigueur, à un point tel d’ailleurs que la situation actuelle peut être qualifiée d’excellente. La spectaculaire reprise de l’investissement étranger (+ 76% entre 1988 et 1989 pour atteindre 3,2 mia US$), attiré par un taux de change favorable et des infrastructures relativement bonnes, atteste de la bonne santé actuelle de l’économie du pays. À relever par ailleurs que le taux d’épargne domestique est l’un des plus élevés du Monde. Le taux d’inflation est bas depuis quelques années (4,5% en 1992). La Malaisie s’affirme comme un lieu d’investissement privilégié.
Cependant, quelques problèmes majeurs subsistent : forte dépendance par rapport à l’économie mondiale (les exportations comptent pour près de 70% du PIB), le besoin d’une restructuration de l’économie due à la concurrence exercée par des pays au réservoir de main-d’œuvre bon marché plus important, et le manque criant de main-d’œuvre qualifiée.
Le commerce global entre nos deux pays a crû de manière significative durant ces dix dernières années; en effet, le montant de nos échanges était de 110 mio Sfr en 1980, chiffre qui a atteint près de 400 mio l’an dernier avec un solde de 177 mio Sfr en notre faveur. Nos exportations consistent pour une moitié de machines, puis de produit horlogers (19%) et de produits chimique (10%). Du côté de nos importations, ce sont également les machines qui dominent (42%), suivies du caoutchouc (13%) et des montres (8%). En 1992, les investisseurs suisses ont occupé le 12ème rang parmi les investisseurs étrangers, position qui se situe un peu en-deçà de celles que nous occupons généralement dans les pays de la région.
Tout d’abord, il convient de préciser que nos hommes d’affaires ne connaissent pas de problème particulier avec la Malaisie. Ils y travaillent dans un contexte favorable; nombre d’entre eux, au bénéfice d’une longue expérience dans les pays asiatiques, m’ont confirmé qu’ils considéraient la Malaisie comme le meilleur endroit du continent pour y développer des affaires et pour servir toute l’ASEAN. Il s’agissait donc avant tout d’une visite de «good will». L’état d’esprit des Malaisiens envers la Suisse peut être qualifié de positif, mais les connaissances sur notre pays sont quelque peu sommaires, elles se limitent souvent à des clichés.
Mes interlocuteurs m’ont indiqué à plusieurs reprises que la Suisse pouvait jouer un rôle intéressant dans la transformation structurelle que veut opérer la Malaisie. En effet, le Gouvernement, dont l’objectif avoué est de faire de la Malaisie un pays pleinement développé d’ici l’an 2020, entend promouvoir de manière intensive les investissements à haute valeur ajoutée et les transferts de technologie. Dans cette optique, ils ont souligné que la quantité des investissements suisses en Malaisie était secondaire, mais qu’ils accordaient bien plus d’importance à leur contenu technologique. Mes interlocuteurs m’ont indiqué en outre qu’ils considéraient le domaine de la formation professionnelle comme une aire de coopération potentiellement très intéressante entre nos deux pays. J’ai d’ailleurs représenté le Conseil fédéral à l’occasion de la signature d’un accord de coopération entre l’école d’ingénieur de St-Gall et l’État de Terengganu.12
La seule difficulté que nous rencontrons dans nos rapports avec la Malaisie se limite à la problématique des bois tropicaux; les Malaisiens sont très concernés par les discussions en cours au Parlement suisse sur cette question.13 Ils m’ont clairement indiqué que si des mesures, qu’ils considèrent comme discriminatoires, sont adoptées, il y aura rétorsion, non seulement de la part de la Malaisie, mais également des autres pays de l’ASEAN. Je me suis efforcé de leur expliquer d’une part que le principe de la déclaration obligatoire adoptée par le Conseil des États n’était en rien discriminatoire; et d’autre part, que le label privé volontaire, qui a la faveur du Gouvernement suisse, serait applicable à tout le monde.14 Dans ce contexte, les Malaisiens ont insisté sur le fait que la Suisse s’était engagée tant au GATT que lors du Sommet de Rio à ne pas prendre de mesures unilatérales dans le domaine de la protection de l’environnement.15
Concernant les négociations du GATT, j’ai pu noter une identité de vues entre nos deux pays quant à la nécessité d’une conclusion rapide de l’Uruguay Round.16 Les Malaisiens ont exprimé leur attachement au Projet d’Acte Final qu’ils se refusent à réouvrir. Ils ont cependant précisé que les pays de l’ASEAN pouvaient faire preuve de flexibilité quant aux délais de mise en application de l’accord.
Pour ce qui est de l’ASEAN, j’ai pu observer que l’Accord de libre-échange signé en janvier 1992 à Singapour (AFTA)17 était pris très au sérieux par les Malaisiens. Mes interlocuteurs ont souligné toute l’importance qu’ils attachaient à la coopération régionale; dans ce contexte, ils m’ont indiqué que l’ASEAN parlerait de plus en plus souvent d’une seule voix au sein des fora internationaux.
J’ai également profité de mon entretien auprès du Ministre de la défense, avec lequel j’ai fait un tour d’horizon des questions de sécurité régionale,18 pour plaider la cause de deux entreprises suisses qui désirent coopérer avec l’armée malaisienne dans le domaine des télécommunications ainsi que dans la maintenance et la réhabilitation des avions Tiger.19
A Bangkok, j’ai été reçu notamment par les personnalités suivantes :20
– M. Chuan Leepkai, Premier Ministre
– M. Boonchu Rojanastien, Vice-Premier Ministre en charge de l’économie domestique
– M. Supachai Panitchpakdai, Vice-Premier Ministre en charge des relations économiques extérieures
– M. Uthai Pimchaichon, Ministre du commerce
– M. Tarrin Nimmanahaeminda, Ministre des finances
– M. Squadron Leader Prasong Sonsiri, Ministre des affaires étrangères
Des rencontres ont également été organisées entre le secteur privé suisse et le Joint Standing Committee on Commerce, lndustry and Banking, le Président de la Thai Bankers Association21 ainsi que des représentants du Board of lnvestment.
Pour clore ma visite en Thaïlande, j’ai eu l’honneur et le privilège d’être reçu par Sa Majesté le Roi Bhumipol Adulyadej. Ce geste hautement symbolique témoigne de toute la sympathie dont bénéficie la Suisse en Thaïlande. En effet, le Roi a accompli la plus grande partie de ses études à Lausanne. Il en a conservé un attachement pour notre pays, sentiment qui est largement répandu dans toute la population thaïe.22 Le Roi m’a tout d’abord posé de nombreuses questions sur la vie rurale dans notre pays, puis nous avons abordé le thème de la protection de l’environnement et de la répartition des sources d’énergie. Nous avons également procédé à un large tour d’horizon des questions de politiques régionales et internationales; dans ce contexte, nous avons parlé de la situation en Birmanie,23 en Chine, en Somalie ainsi que de l’Europe de l’Est. Ce qui ne peut manquer de frapper, c’est la profonde connaissance du Roi de la vie internationale. Les questions qu’il pose dénotent un esprit particulièrement curieux et attentif. De toute évidence, il est très au fait des situations politiques et des réalités économiques et sociales de son temps.
À l’occasion de cette visite en Thaïlande, j’ai signé avec le Ministre des finances un amendement à l’accord de crédit mixte de 1985 accordant une rallonge de 13,8 mio Sfr destinée à financer des prestations de services dans un projet électrique.24 À cet égard, il est intéressant de noter que le Ministre des finances m’a indiqué que son pays serait dorénavant plus intéressé par des investissements directs qu’à des crédits d’aide au développement, et ce notamment dans le cadre du financement d’un nouveau pôle économique situé à une trentaine de kilomètres de Bangkok.
L’économie de la Thaïlande a subi des changements fondamentaux depuis un quart de siècle. D’un pays à forte prédominance agricole, la Thaïlande est en passe de devenir membre du club de «nouveaux pays industrialisés asiatiques». Toutefois, la Thaïlande demeure l’un des principaux exportateurs asiatiques de denrées agricoles.
Depuis 1988 la Thaïlande connaît le taux de croissance économique le plus élevé de la Planète ainsi qu’un surplus budgétaire. À noter que la croissance qui atteignait 13% il y a quatre ans, oscille aujourd’hui entre 7 et 8%, ce qui est presque considéré par les Thaïs comme une période de récession! Le solde du compte courant demeure déficitaire, mais il est entièrement couvert par les investissements directs qui sont cependant en décroissance et remplacé par les investissements portefolios. Cependant, cette croissance ultra rapide a mis à jour de sérieuses insuffisances dans les domaines des infrastructures, de la main-d’œuvre qualifiée et de la protection de l’environnement. Ces problèmes sont encore aiguisés par l’extrême concentration de l’activité économique dans la région de Bangkok. Les ravages causés par le SIDA mettent également en péril l’industrie touristique qui demeurent le principal pourvoyeur en devises du pays.
Notre commerce global avec la Thaïlande a atteint 1,2 mia Sfr. l’an dernier alors qu’il était de moins de 300 mio Sfr en 1980. Le solde de la balance commerciale a dégagé un excédent de 229 mio Sfr en notre faveur en 1992. Nous exportons principalement des machines (31%) et des produits horlogers (30%), tandis que nos importations se composent de bijoux et pierres précieuses (32%) et de montres (21%). Il convient de relever que la Thaïlande est l’un de nos principaux partenaires extra-européens, et le premier parmi les pays de l’ASEAN. Pour exemple, nos échanges avec la Thaïlande sont plus importants que ceux avec la Corée du Sud. En ce qui concerne les investissements, la Suisse se situe année après année aux environs du 7ème rang parmi les investisseurs étrangers.
Il convient tout d’abord de signaler l’atmosphère très chaleureuse qui a prévalu durant ma visite en Thaïlande. Les liens étroits qui unissent le Roi à la Suisse ne sont certainement pas étrangers à cette attitude très positive à notre égard. Dans ce contexte, plusieurs de mes interlocuteurs m’ont fait part de la gratitude de la Thaïlande pour les diverses aides que la Suisse a accordées à leur pays, et ceci tout particulièrement à la suite du typhon de 1991.27
Cette visite m’a permis de faire une percée décisive dans les négociations que nous menons depuis plusieurs années pour conclure un accord bilatéral de protection et de promotion des investissements.28 En effet, mes interlocuteurs, notamment le Vice Premier Ministre Supachai, m’ont assuré que les derniers obstacles seraient très prochainement levés. En ce qui concerne la conclusion d’une convention destinée à éviter la double imposition, le côté thaïlandais m’a également fait part de sa volonté de faire avancer le dossier aussi rapidement que possible.29 Toujours en relation avec le cadre juridique, j’ai plaidé pour une plus grande transparence et une plus grande ouverture aux investissements étrangers, y compris dans le domaine des services. J’ai également insisté sur l’importance que nous attachons à une protection adéquate de la propriété intellectuelle.
Concernant les négociations du GATT, le message qui me fut transmis correspond à celui donné par les Malaisiens, à savoir l’attachement au Projet Dunkel avec de la flexibilité sur les périodes d’application. J’ai profité de ces entretiens pour expliquer notre position dans le domaine agricole. Le côté thaï a paru faire preuve de compréhension pour nos problèmes. L’importance de conclure un paquet agricole substantiel a cependant été soulignée par les Thaïlandais qui devront à leur tour faire d’importantes concessions dans les négociations sur les services et sur la propriété intellectuelle. Cet échange de propos sur le paquet agricole de l’Uruguay Round tombait à point nommé puisque mon interlocuteur, le Vice-Premier Ministre Supachai, s’apprêtait à s’envoler pour Genève afin de participer à une réunion du Groupe de Cairns.
Concernant la coopération régionale, j’ai pu noter la même détermination qu’en Malaisie pour ce qui est de la création de la zone de libre-échange ASEAN. Il m’a même été indiqué que la période de mise en place du projet serait certainement ramenée de 15 ans à 10–12 ans. J’ai saisi cette occasion pour demander au Vice Premier Ministre Supachai quelles étaient les possibilités pour la Suisse de resserrer ses liens avec l’ASEAN en tant que telle; il m’a promis qu’il transmettrait le message au Secrétariat de l’Association et qu’il insisterait sur la nécessité de ne pas négliger les pays qui ne font partie d’aucun grand ensemble. Dans ce même contexte, mes interlocuteurs m’ont fait part du désir de leur pays d’élargir la coopération régionale aux pays de l’Indochine et au Myanmar. Le côté thaïlandais a exprimé de manière très claire l’importance qu’il attachait au développement économique de ces pays, pour lesquels la Thaïlande veut jouer un rôle de tête-de-pont naturelle dans leurs efforts d’ouverture.
La même volonté de coopération existe avec la Chine. Le Premier Ministre et le Roi, notamment, m’ont dit que l’intérêt de leur pays résidait dans une Chine stable et ouverte.30 Les Autorités thaïes semblent craindre un éventuel éclatement de la Chine, et l’instabilité qui en découlerait pour toute la région, à l’instar de ce qui se passe dans l’ex-URSS. À ce propos, les Thaïlandais souhaitent vivement que le retour de Hong Kong dans le giron chinois en 1997 se fasse de la meilleure manière possible.31 Il s’agit là d’un changement d’attitude, car il y a peu de temps encore les Thaïlandais pensaient pouvoir bénéficier directement d’un éventuel chaos à Hong Kong.
Cette visite s’est déroulée à un moment opportun pour marquer la présence suisse dans cette Asie en pleine ébullition. N’oublions pas en effet que l’Asie joue déjà le rôle de locomotive de l’économie mondiale, et que cette tendance se renforcera au début du 21ème siècle. Pour preuve, les économies asiatiques comptaient pour 4% du PNB mondial en 1960, alors qu’aujourd’hui ce chiffre est estimé à environ 25%, et qu’il devrait être de l’ordre de 35% dans une décennie. Nous sommes au cœur de la plus fulgurante mutation de la fin du vingtième siècle, qui marque la Planète tout entière: l’émergence technologique, économique, politique irrésistible d’une région.
La Suisse, jusqu’à maintenant, a répondu présente à ce nouveau défi. Cependant, la concurrence toujours plus vive imposée par nos partenaires dans cette région ne nous autorise aucun relâchement. Il s’agit pour nous, secteur publique et privé, de poursuivre notre effort de présence accrue, comme nous avons su le faire en Europe et aux États-Unis, les deux pôles économiques mondiaux traditionnels. Dans ce contexte, le choix de la Malaisie et de la Thaïlande s’est avéré particulièrement pertinent; en effet, leur formidable dynamisme les désigne comme des acteurs essentiels dans l’émergence économique du continent asiatique.
Pour ce qui est de notre politique économique, ces missions mixtes remplissent un double rôle. Elles nous permettent d’apporter nos messages, mais aussi de recevoir directement les messages de nos partenaires.32 Une de nos tâches consiste d’ailleurs à répercuter en Suisse ce que nous avons vu et entendu. Ceci est particulièrement important pour la Malaisie et la Thaïlande. En effet, ces pays ont certes encore de nombreux progrès à accomplir que ce soit dans le domaine social, de la protection de l’environnement ou encore de l’ouverture des marchés. Cependant, nous pouvons nous aussi apprendre de leurs expériences, je pense notamment à leur capacité d’adaptation aux changements structurels; cette faculté leur permet de mener constamment les ajustements économiques nécessaires sans pour autant que leur taux de croissance en soit affecté.
- 1
- CH-BAR#E7001C#2001/86#807* (2310.1). Cette note d’information du DFEP au Conseil fédéral est signée par le Chef du DFEP, le Conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz, et très probablement composée dans sa forme finale par le Chef adjoint de la Section Pays asiatiques en développement et à commerce d’État de l’Office fédéral des affaires économiques extérieures (OFAEE) du DFEP, Claude Barras, à partir de différentes notices d’entretien rédigées en grande partie par son Chef de section, Rudolf Kummer, et par l’Ambassadeur de Suisse à Bangkok, Blaise Godet, cf. dodis.ch/64986. Le Conseiller fédéral Delamuraz rend compte oralement de sa visite déjà lors de la 32ème séance du Conseil fédéral du 20 octobre 1993, cf. CH-BAR#E1003-01#2006/306#1* (322.3). La note d’information est transmise au Conseil fédéral pour la séance suivante.↩
- 2
- Sur la question du développement de l’Asie du Sud-Est, cf. les notices de la Division politique II du DFAE et de l’OFAEE, rédigées à la suite de la Conférence des Ambassadeurs suisses de la région Asie à Berne, le 23 août 1993, en amont de la Conférence des Ambassadeurs, dodis.ch/64824. Cf. également la note d’information du DFEP au Conseil fédéral du 22 octobre 1993 sur la participation du Conseiller fédéral Delamuraz au sommet économique Europe/Asie de Hong Kong, dodis.ch/64643.↩
- 3
- Pour la liste complète des personnes participant à la délégation mixte, cf. dodis.ch/64986, partie 3.↩
- 4
- Pour ces deux visites, cf. respectivement DDS 1991, doc. 10, dodis.ch/57647, et DDS 1992, doc. 29, dodis.ch/59914.↩
- 5
- Sur le GATT et la conclusion du cycle de l’Uruguay en décembre, cf. DDS 1993, doc. 60, dodis.ch/64443.↩
- 6
- Cf. le rapport politique No 4 de l’Ambassadeur de Suisse à Bangkok, Gérard Fonjallaz, du 31 mars 1993, dodis.ch/66225.↩
- 7
- Cf. le rapport politique No 2 de l’Ambassadeur de Suisse à Kuala Lumpur, Henri Cuennet, du 18 février 1993, dodis.ch/66224.↩
- 8
- Pour les notices d’entretien, cf. dodis.ch/64986.↩
- 10
- Pour la notice de cet entretien, cf. dodis.ch/64986.↩
- 11
- Sur les relations bilatérales avec la Malaisie, cf. la notice d’Olivier Yersin de la Division politique II du 2 septembre 1993, dodis.ch/66176.↩
- 12
- En juin 1992, le Ministre en chef du Terengganu se rend à Saint-Gall pour visiter l’école d’ingénieurs, cf. le dossier CH-BAR#E7115A#2000/385#2067* (877.3).↩
- 13
- Pour les discussions au Parlement sur l’interdiction d’importation des bois tropicaux en provenance du Sarawak et les initiatives du militant écologiste et pour les droits humains Bruno Manser, cf. l’heure des questions du Conseil national du 15 mars 1993 et la réponse du Conseiller fédéral Delamuraz, dodis.ch/64137.↩
- 14
- Le 16 décembre 1992 est déposée simultanément par le Conseiller national Hugo Wick et la Conseillère aux États Rosmarie Simmen la motion 92.3523 Obligation de déclarer les bois importés. Pour les réponses du Conseil fédéral à ces deux motions, cf. le PVCF No 354 du 17 février 1993, dodis.ch/66621. Pour le texte de la motion Simmen, cf. le PVCF No 356 du 17 février 1993, CH-BAR#E1004.1#1000/9#1028* (4.10prov.). Le Conseil fédéral propose le 17 février 1993 de transformer les motions en postulats. Les motions sont retirées le 28 avril 1993.↩
- 15
- Cf. à ce propos la notice de l’OFAEE du 17 décembre 1992, dodis.ch/64890. Plus généralement sur l’importation des bois tropicaux, cf. la discussion entre Bruno Manser et le Conseiller fédéral Delamuraz, DDS 1993, doc. 7, dodis.ch/64782, ainsi que la compilation dodis.ch/C2423.↩
- 16
- Cf. DDS 1993, doc. 60, dodis.ch/64443.↩
- 17
- Cf. le rapport politique No 3 de l’Ambassadeur de Suisse à Singapour Jürg Streuli du 31 janvier 1992, dodis.ch/61877.↩
- 18
- Najib Razak. Sur les questions de sécurité et de stabilité en Asie du Sud-Est, cf. le rapport politique No 6 de l’Ambassadeur Streuli du 30 juin 1992, dodis.ch/61876.↩
- 19
- Cf. l’entretien avec le Ministre de la défense Najib Tun Razak du 12 octobre 1993, dodis.ch/64986, annexe..↩
- 20
- Pour les notices d’entretien, cf. dodis.ch/64986.↩
- 21
- Som Jatusipitak.↩
- 22
- Cf. par exemple la lettre de l’Ambassadeur Fonjallaz du 26 octobre 1989, dodis.ch/54538.↩
- 23
- Cf. le rapport politique No 1 de l’Ambassadeur Fonjallaz du 22 mars 1993, dodis.ch/64637.↩
- 24
- Pour la décision d’accorder un crédit mixte à la Thaïlande, cf. le PVCF No 1776 du 7 novembre 1984, dodis.ch/56335. Pour des considérations plus récentes sur les crédits mixtes à la Thaïlande, cf. la notice de laSection Pays asiatiques en développement et à commerce d’État du 22 juin 1992, dodis.ch/62086.↩
- 25
- Sur la situation économique et commerciale de la Thaïlande, cf. la notice de l’OFAEE du 28 janvier 1993, dodis.ch/66242.↩
- 26
- Sur les relations bilatérales avec la Thaïlande, cf. la notice du Chef de section de la Division politique II, Beat Loeliger, du 15 avril 1993, dodis.ch/66243.↩
- 27
- Cf. le dossier CH-BAR#E2200.101-02#2001/184#146* (773.0).↩
- 28
- Pour les négociations de l’accord sur les investissements, cf. la notice de l’OFAEE du 14 septembre 1993, dodis.ch/66420, et le PVCF No 1871 du 4 octobre 1993, dodis.ch/64257. L’Accord entre la Confédération suisse et le Royaume de Thaïlande concernant la promotion et la protection réciproque des investissements est conclu le 17 novembre 1997, cf. RO, 2002, pp. 2529–2536.↩
- 29
- Pour les négociations en matière de double imposition, cf. le dossier CH-BAR#E7115A#2002/69#2243* (831). La Convention entre la Confédération suisse et le Royaume de Thaïlande en vue d’éviter les doubles impositions en matière d’impôts sur le revenu est conclue le 12 février 1996, cf. RO, 1997, pp. 928–946.↩
- 30
- Pour les relations entre la Suisse et la Chine, cf. DDS 1992, doc. 4, dodis.ch/61393, et doc. 29, dodis.ch/59914.↩
- 31
- Cf. le rapport politique No 2 du Consul général de Suisse à Hong Kong, l’Ambassadeur Jean-Marc Boillat, du 15 avril 1991, dodis.ch/59216.↩
- 32
- Le Chef du DFEP, le Conseiller fédéral Delamuraz, mène depuis 1990 de telles missions économiques mixtes. En 1990, il se rend au Brésil, puis en Corée du Sud et à Singapour en 1991 et en Chine en 1992. Pour les rapports sur ces visites, cf. la compilation dodis.ch/C2543.↩
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