Pubblicato in
Documenti Diplomatici Svizzeri, vol. 1993, doc. 30
volume linkBern 2024
Dettagli… |▼▶4 collocazioni
| Archivio | Archivio federale svizzero, Berna | |
| Segnatura | CH-BAR#E2010A#2001/161#1745* | |
| Titolo dossier | Besuch von Bundesrat Flavio Cotti in Rom, 18.Juni 1993 (1993–1993) | |
| Riferimento archivio | B.15.21(21) • Componente aggiuntiva: Italie |
| Archivio | Archivio federale svizzero, Berna | |
| Segnatura | CH-BAR#E2200.19-03#2002/130#166* | |
| Titolo dossier | Visite CF Cotti Rome 1993 (1993–1993) | |
| Riferimento archivio | 331.0 |
| Archivio | Archivio federale svizzero, Berna | |
| Segnatura | CH-BAR#E4801.2#2004/5#240* | |
| Titolo dossier | Bundesratssitzung vom 23.6.1993 (1993–1993) | |
| Riferimento archivio | 5 |
| Archivio | Archivio federale svizzero, Berna | |
| Segnatura | CH-BAR#E8812#1998/341#166* | |
| Titolo dossier | BR-Sitzung vom 30. Juni Energienutzungsverordnung Bauprogramm Nat.Str.93, Kirchenwald u. Loppertunnel (1993–1993) | |
| Riferimento archivio | 1 |
dodis.ch/62434Entretiens du Chef du DFAE, le Conseiller fédéral Cotti, avec le Ministre des affaires étrangères italien Andreatta à Rome, le 18 juin 19931
Visite du Conseiller Fédéral Flavio Cotti à Rome
Dans le cadre de ses visites introductoires dans les capitales des pays voisins, le Conseiller fédéral Flavio Cotti s’est rendu à Rome le 18 juin dernier.2 Il y a eu des entretiens avec son homologue italien, le nouveau Ministre des affaires étrangères Beniamino Andreatta, portant principalement sur la situation en ex-Yougoslavie, les développements en Europe de l’Est et l’architecture de sécurité en Europe, l’intégration européenne ainsi que les relations bilatérales. Durant son séjour à Rome, BRC [Conseiller fédéral Cotti] a également effectué des visites de courtoisie auprès du Président de la République Oscar Luigi Scalfaro et du nouveau Président du Conseil Carlo Azeglio Ciampi. Toutes les rencontres se sont déroulées dans un climat chaleureux marqué par l’amitié entre deux pays voisins proches de par la culture et la langue. Les buts de la visite – établir un premier contact personnel, s’informer sur les positions respectives au sujet des grands problèmes du moment, faire avancer quelques dossiers bilatéraux – ont été largement atteints.
L’analyse du Ministre Andreatta est empreinte de pessimisme et d’une certaine résignation. Selon A[ndreatta], les objectifs de paix étaient dès le début trop ambitieux. L’«illusion» de Lord Owen était de vouloir créer une autre Suisse en Bosnie-Herzégovine, ce qui aurait exigé un degré de confiance entre les populations qui n’a jamais existé.3 Les pays occidentaux n’ont pas été cohérents, toutes leurs mesures, inclus l’embargo contre la Serbie, arrivant trop tard. «Nous avons montré que nous étions des tigres de papier!». Son pronostic est très pessimiste, tout particulièrement pour ce qui est d’une extension possible du conflit au Kosovo. L’élimination, il y a trois semaines environ, du Président Ćosić est un tournant important et grave. Jusque-là, la situation interne en Serbie était encore fluide. Le départ de Ćosić marque la défaite d’une tendance nationaliste modérée. Tout en refusant de décréter la mort du plan Vance-Owen, A[ndreatta] trouve que la nouvelle initiative serbo-croate de partage de la Bosnie n’est pas entièrement négative car elle maintiendrait le principe de l’intégrité territoriale du pays. L’Italie ne veut pas abandonner le plan Vance-Owen ainsi, mais, comme il ne semble plus réalisable, il s’agira peut-être de combiner certains de ses éléments avec des parties du plan serbo-croate. Le maintien d’une Bosnie assez grande pour être viable est dans l’intérêt de l’Occident car «personne ne veut un État tronqué purement musulman, possible source d’intégrisme islamique en Europe». A[ndreatta], soulignant le grand coût d’une intervention militaire, n’attend pas de nouvelles impulsions du Sommet européen de Copenhague. Une reconvocation de la conférence de paix est cependant possible.4
La situation en Europe centrale et orientale n’a été qu’effleurée à la faveur des questions de sécurité. Les Ministres ont évoqué le nouveau rôle de l’ONU dans les foyers de crise autour du monde, en particulier l’engagement des troupes de l’Organisation en Afrique. L’Italie a fait de très bonnes expériences au Mozambique, où des élections devraient avoir lieu prochainement. Environ 2600 soldats italiens sont engagés en Somalie. A[ndreatta] a déploré la vision «narrow-minded» du commandement militaire de l’ONU dans ce pays, insistant sur la nécessité d’une pacification politique: «il faut créer les racines de la légitimité». A[ndreatta] a montré beaucoup d’intérêt pour la création en Suisse d’un corps de casques bleus destinés aux opérations de paix de l’ONU et de la CSCE.5
Le rôle de la CSCE, que l’Italie présidera à partir du mois de novembre, a également été évoqué.6 L’initiative Balladur est accueillie avec réserve par A[ndreatta]. Elle pourrait mener à l’ouverture de la «boîte de Pandore» qu’est la modification pacifique des frontières. Cette question doit absolument rester un tabou. Pour l’Italie, ce nouveau principe rouvrirait le problème du Haut Adige et les irrédentismes en direction de l’Est. Il faut éviter à tout prix de donner de nouveaux arguments aux nationalistes.7 Prenant comme point de départ la contribution suisse à la résolution du problème des minorités, A[ndreatta] propose que notre pays mette à disposition de la CSCE une institution académique qui serait chargée d’étudier, d’analyser la question des minorités.8 Une de ses tâches spécifiques serait une sorte de «monitoring» des manifestations de racisme dans les livres d’école, les émissions TV, etc.
À la demande italienne, BRC [Conseiller fédéral Cotti] a d’abord esquissé les raisons qui ont mené au refus du 6 décembre. Il a ensuite évoqué les trois options du Conseil fédéral en matière d’intégration européenne, tout en indiquant que le bilatéralisme ne pourrait être qu’une option provisoire.9 Les interlocuteurs italiens ont écouté ses explications avec beaucoup d’intérêt et de compréhension mais leurs propos plutôt vagues laissaient entendre que dans le domaine de l’intégration les initiatives devront partir de la Suisse et non d’une Communauté qui a bien d’autres problèmes en ce moment.10
Dans un deuxième temps, ce sont justement ces problèmes qu’A[ndreatta] a évoqués. Il a indiqué que la Communauté déciderait immédiatement après la ratification du Traité de Maastricht par la Grande-Bretagne où se situera la future Banque centrale européenne, tout en laissant entendre que celle-ci aura vraisemblablement son siège en Allemagne, mais pas à Francfort.11 Pour ce qui est de l’élargissement de la CE, A[ndreatta] pense que le calendrier prévu – soit une adhésion de l’Autriche, de la Suède, de la Finlande et de la Norvège d’ici à la fin de 1995 – pourra être maintenu. Il doute cependant que le processus de ratification dans tous ces pays trouvera une issue favorable.12 Ses craintes se portent plutôt sur les élargissements suivants, notamment aux pays d’Europe centrale et orientale. Il est clair pour l’Italie que la CE ne pourra continuer à fonctionner comme auparavant avec une vingtaine ou plus de pays membres. Une modification des institutions sera nécessaire.
Tout d’abord, il s’agit de noter que les deux Ministres se sont félicités de l’excellence des relations bilatérales.13 Pour ce qui est de la diffusion de la Télévision suisse italienne en Italie, A[ndreatta], peu au courant des détails du dossier, a déploré le «far-ouest» de la télévision en Italie, où les chaînes privées foisonnent. Il s’est montré très ouvert aux demandes suisses car une diffusion réciproque des programmes des deux côtés de la frontière ne peut que contribuer au rapprochement des populations. A[ndreatta] soulèvera le problème avec le Ministre Pagani, chargé du dossier.14
La pollution des eaux frontalières italo-suisses, notamment du Lac de Lugano, a été évoquée. A[ndreatta], sans aborder le problème très concrètement, recommande une prise de contact avec les autorités régionales lombardes concernées.15
Pour ce qui est du problème fiscal avec l’Italie (la Suisse a été placée sur une «liste noire» de «paradis fiscaux» pour certaines sociétés, notamment de type holding, entraînant une discrimination),16 le Ministre des affaires étrangères soutient la position suisse. Il interviendra auprès du Ministère des finances qui se montre intransigeant dans ce dossier.
BRC [Conseiller fédéral Cotti] a évoqué le problème de la fermeture prévue du Vice-consulat d’Italie à Locarno.17
A[ndreatta] a également soulevé la question de l’émigration. Il est d’abord revenu sur le statut des frontaliers, exposés en temps de crise à un non-renouvellement des contrats, et aux problèmes qu’ils rencontrent dans le domaine de la sécurité sociale. Deuxième sujet de préoccupation pour le côté italien: les rentes de retraite que les travailleurs italiens ne peuvent toucher que s’ils sont actifs en Suisse jusqu’à l’âge de 65 ans. BRC [Conseiller fédéral Cotti] a répondu en indiquant que tous ces problèmes auraient pu être résolus avec l’Accord EEE. Pour ce qui est des pensions de retraite, il n’y a aucune discrimination, les conditions étant exactement les mêmes pour les Suisses. Notre pays est disposé à discuter des questions liées à l’émigration avec Italie mais nous préférons des négociations directes avec la Communauté européenne.18
Les relations culturelles entre l’Italie et l’unique autre pays au monde où l’Italien est une langue officielle tiennent très à cœur aux deux Ministres. Ils se sont félicités de la collaboration au sein de la Consulta qui favorise les contacts entre les deux pays à un niveau national, tout en notant que cette institution pourrait devenir plus active encore.19 A[ndreatta] a suggéré une coopération renforcée entre institutions culturelles suisses et italiennes. Il songe notamment à la coopération, à l’intégration même, entre opéras et festivals lyriques des deux pays.20
La question de l’intégration a dominé la première partie de l’entretien. S[calfaro] a tiré des parallèles entre les réticences de l’opinion publique en Suisse et le manque d’esprit communautaire dans les pays de la CE. Avec beaucoup de compréhension pour notre position, S[calfaro] a assuré BRC [Conseiller fédéral Cotti] du soutien de l’Italie et de la Communauté, tout en indiquant que la Suisse devait également fournir des efforts sur la voie de l’intégration.
Dans un deuxième temps, S[calfaro], qui est un grand vétéran de la politique italienne – il siège au Parlement depuis 1946 – mais aussi une autorité morale incontestée, a dressé le tableau de la situation actuelle en Italie. Ce pays passe par une période de transition marquée autant par la crise politique que par une crise des valeurs morales. Il est essentiel que tous les partis, et tout particulièrement les nouveaux, aient le sens de la démocratie. La nouvelle loi électorale est un pas dans la bonne direction mais un système électoral n’est jamais qu’un moyen; il doit maintenant être vécu dans la réalité. Songeant aux changements importants survenus durant sa présidence, en une année seulement, S[calfaro] compte «avancer lentement, en prenant les jours un à la fois, avec sérénité et humilité».21
L’entretien s’est déroulé en tête à tête.
- 1
- CH-BAR#E2010A#2001/161#1745* (B.15.21(21)). Cette note d’information au Conseil fédéral est signée par le Chef du DFAE, le Conseiller fédéral Flavio Cotti, et très probablement rédigée par l’Ambassadeur de Suisse à Rome, Francis Pianca. D’après les dossiers personnels du Président de la Confédération Adolf Ogi (CH-BAR#E8812#1998/341#166* (1)), la note d’information est transmise au Conseil fédéral en vue de la 23ème séance du 30 juin 1993, ensemble avec les notes d’information sur la visite du Conseiller fédéral Cotti à Bonn, dodis.ch/64312, et celle sur la visite des Conseillers fédéraux Cotti et Jean-Pascal Delamuraz, Chef du DFEP, à Bruxelles, DDS 1993, doc. 32, dodis.ch/64936.↩
- 2
- Dans l’ordre et comme le veut la tradition, le nouveau Chef du DFAE, le Conseiller fédéral Cotti, se rend d’abord en Autriche le 28 avril, dodis.ch/65550, puis en France le 3 juin, dodis.ch/65202, en Italie, et finalement en Allemagne le 25 juin, dodis.ch/64312.↩
- 3
- Pour une analyse du plan de paix des co-présidents de la conférence de Genève sur l’ex-Yougoslavie Cyrus Vance et David Owen pour la Bosnie-Herzégovine par le Secrétariat politique du DFAE du 25 janvier 1993, cf. dodis.ch/66181. Le plan Vance-Owen est rejeté par le Parlement de la Republika Srpska le 5 mai 1993. Pour les positions de base et efforts de la Suisse face à la guerre sur le territoire de l’ancienne Yougoslavie, cf. les notices de la Division politique I du DFAE du 5 et 7 mai 1993, respectivement dodis.ch/65359 et dodis.ch/64170.↩
- 4
- Cf. la compilation thématique Conférence de Genève sur l’ex-Yougoslavie (26.8.1992–30.1.1996), dodis.ch/T2213.↩
- 5
- Pour la discussion de créer un corps suisse de casques bleus au Conseil national, cf. DDS 1993, doc. 28, dodis.ch/64768.↩
- 6
- Pour la position suisse sur l’architecture de sécurité en Europe, dans laquelle la CSCE joue un rôle important, cf. DDS 1993, doc. 43, dodis.ch/62714. Pour la réunion du Conseil de la CSCE à Rome du 30 novembre au 1er décembre 1993, cf. la compilation dodis.ch/C2471.↩
- 7
- Pour la position suisse sur le pacte de stabilité, appelé «plan Balladur», cf. la prise de position suisse adressée au gouvernement belge en sa qualité d’État assurant la présidence de l’UE le 1er décembre 1993, dodis.ch/64972, ainsi que la compilation dodis.ch/C2469.↩
- 8
- Dans le cadre de la CSCE, la Suisse s’est toujours engagée en faveur des minorités. Cf. à ce sujet DDS 1991, doc. 50, dodis.ch/58114, et la compilation thématique Questions des minorités dodis.ch/T1683.↩
- 9
- Sur la politique d’intégration européenne de la Suisse après le refus en votation de l’EEE, cf. DDS 1992, doc. 58, dodis.ch/60622, et doc. 60, dodis.ch/60956, ainsi que DDS 1993, doc. 2, dodis.ch/64598, et doc. 10, dodis.ch/64545.↩
- 10
- Quelques jours avant la visite du Conseiller fédéral Cotti, l’Ambassadeur Bruno Spinner, Chef du Bureau de l’intégration DFAE/DFEP, se rend aussi à Rome pour une visite de travail sur le thème de l’intégration européenne, cf. dodis.ch/64700.↩
- 11
- Le 29 octobre 1993 lors du sommet européen de Bruxelles, les sièges de l’Institut monétaire européen ainsi que de la future Banque centrale européenne sont attribués à Francfort, cf. la notice du Chef de la Mission suisse auprès des Communautés européennes à Bruxelles, l’Ambassadeur Alexis Lautenberg, du 8 novembre 1993, dodis.ch/64575.↩
- 12
- À propos de l’adhésion des quatre pays de l’AELE, cf. également la compilation sur la conférence ministérielle de Genève des 15 et 16 juin 1993, dodis.ch/C2511.↩
- 13
- Sur les relations bilatérales, cf. la notice de l’Ambassadeur Pianca du 2 mars 1993, dodis.ch/64484.↩
- 14
- Cf. à ce sujet la notice de la Division politique I du 14 juin 1993, dodis.ch/66277.↩
- 15
- Cf. la note d’information du DFI au Conseil fédéral du 10 novembre 1992 sur la rencontre tripartite franco-italo-suisse sur les questions environnementales, dodis.ch/60740.↩
- 16
- Cf. la notice du Chef du Service économique et financier du DFAE, le Ministre Alexis Lautenberg, du 18 février 1993, dodis.ch/64973, ainsi que la réponse écrite du Conseil fédéral du 5 mai 1993 à l’interpellation 92.3304 La Svizzera nella «lista nera» della legge fiscale italiana du Conseiller national Geo Camponovo du 24 août 1992, dodis.ch/64694.↩
- 17
- Sur la fermeture du Consulat italien à Locarno, cf. la lettre du Comité des italiens à l’étranger de la circonscription Locarno e Valli au Conseiller fédéral Cotti du 27 mai 1993, CH-BAR#E2010A#2001/161#1745* (B.15.21(21)).↩
- 18
- Cf. la notice de Ralph Friedländer du Bureau de l’intégration DFAE/DFEP du 16 mars 1993, dodis.ch/64691, et la notice de l’Office fédéral des étrangers du DFJP du 24 septembre 1993, dodis.ch/65061.↩
- 19
- Sur le rôle de la Consulta, cf. la notice de la Cheffe-adjointe Sylvie Matteucci-Keller, de la Division Environnement, Science, Culture, Médias, Unesco de la Direction des organisations internationales (DOI) du DFAE, du 30 septembre 1992, dodis.ch/66088. Sur les questions culturelle et linguistique, cf. également le PVCF No 1587 du 8 septembre 1993, dodis.ch/63935.↩
- 20
- Sur les relations culturelles en général, cf. la notice de la DOI du 7 juin 1993, dodis.ch/66029.↩
- 21
- Cf. à ce propos les rapports politiques de l’Ambassadrice de Suisse à Rome Francesca Pometta: le No 10 du 15 novembre 1990 sur l’affaire Aldo Moro, dodis.ch/54641, et son rapport de fin de mission No 12 du 27 juin 1991 sur la nouvelle loi électorale , dodis.ch/58431. Cf. aussi les rapports politiques de l’Ambassadeur Pianca: le No 2 du 5 janvier 1993 sur la politique intérieure de l’Italie, dodis.ch/66059, et le No 8 du 1er avril 1993 sur la reprise de la vie artistique et intellectuelle à Milan après la crise, dodis.ch/66031.↩
Tags
Telecommunicazione Politica di sicurezza Guerre jugoslave (1991–2001)


