Classement thématique série 1848–1945:
I. SITUATION INTERNATIONALE
1. Alliances et relations entre puissances
1.2. Triple-alliance
Printed in
Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 4, doc. 262
volume linkBern 1994
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| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
▼ ▶ Archival classification | CH-BAR#E2300#1000/716#1238* | |
| Old classification | CH-BAR E 2300(-)1000/716 519 | |
| Dossier title | Wien, Politische Berichte und Briefe, Militär- und Konsularberichte, Band 27 (1898–1902) |
dodis.ch/42672
Tandis que les ministres de la monarchie autrichienne n’ont que bien rarement l’occasion de cueillir des lauriers parlementaires, le Ministre austro-hongrois pour les Affaires étrangères, surtout depuis la retraite du Cte Kalnocky, obtient régulièrement deux fois par an aux délégations des deux monarchies les votes de confiance les plus accentués. Ce fait vient de se reproduire, à l’occasion de l’exposé sur la politique extérieure que le Cte Goluchowsky a présenté aux délégations, cette fois réunies à Pest. Les thèses qu’il a présentées, et telles qu’il les a exposées, ne pouvaient que prendre ses auditeurs et elles les ont pris.
On s’était quelque peu étonné ici que l’Empereur d’Allemagne, dans son discours de clôture du parlement allemand, n’ait pas fait plus ample mention des bonnes relations des Etats de la Triple Alliance et l’on avait de même remarqué, qu’à l’ouverture des délégations, l’Empereur François-Joseph s’est borné à signaler les bonnes relations de la Monarchie avec les «pays limitrophes». Le Cte Goluchowski a cherché à combler cette lacune en proclamant «die unerschütterliche Festigkeit des Dreibundes» et en soulignant du reste dans la même phrase le désir du Gouvernement I. et R. d’entretenir avec la Russie «die engste Fühlung» pour ce qui concerne les questions fondamentales et connexes avec celles de l’Orient. Néanmoins le Ministre des Affaires étrangères signale, en les atténuant, les divergences de vues qui se sont produites entre les Cabinets de Vienne et de St-Pétersbourg, mais qui n’ont trait qu’à la candidature d’un Prince de Grèce pour le poste de Gouverneur de la Crète: l’Autriche ne pouvait s’empêcher d’avoir des scrupules sérieux sur cette proposition, bien qu’au fond elle ne considère cette question de personnes comme de bien moindre importance que l’établissement d’une situation normale en Crète et la création de garanties pour les minorités musulmanes. Un autre point signalé aux délégations austro-hongroises est celui qui a trait aux Etats des Balkans. Grâce à l’attitude correcte de la Bulgarie et de la Serbie, il n’y aurait aucune complication à attendre «in absehbarer Zeit».
Telles sont pour ce qui concerne les principales relations politiques de la monarchie les indications fournies par le Comte Goluchowsky dans la première partie de son exposé.
Ce discours si chaleureusement acclamé par les Délégués autrichiens et hongrois, accueilli très sympathiquement par la presse européenne semble néanmoins réfléchir une situation qui a été et qui se trouve en voie de transformation. Tenu il y a un an, il aurait mieux reproduit les sentiments qui animaient les gouvernements respectifs qu’il ne le fait aujourd’hui. Trop de faits d’une haute portée politique se sont produits depuis lors «pour que les relations des Etats de la Triple Alliance et de ceux-ci avec la Russie soient aujourd’hui les mêmes que précédemment, pour que la Triple-Alliance, bien qu’existant encore, ne se trouve pas dans un état de marasme constatable.
Voici, Monsieur le Président, les diverses observations sur lesquelles je base cette manière de voir.
Durant les dernières luttes entre les nationalités autrichiennes, l’élément allemand, malgré les déplorables manifestations de la fraction Schoenerer, a gagné beaucoup de terrain; plusieurs des groupes qui hésitaient et marchaient avec les droites tchèques et polonaises, se sont ralliés ou se rallieront à lui dans la lutte contre la Sprachenverordnung. Les vieilles suspicions à l’endroit de l’Allemagne se réveillent, soit que l’on accuse la presse et la nation allemandes d’une connivence avec le parti séparatiste allemand en Autriche, soit que l’on prétende que le Gouvernement allemand aurait dû faire entendre un langage plus net à celles des fractions parlementaires autrichiennes qui gravitent vers Berlin ou Munich. De son côté le Gouvernement allemand trouve dans la politique de l’Autriche, si indécise et dilatoire à l’intérieur, un élément de faiblesse et redoute un anéantissement des forces de cet allié si les crises dans lesquelles se trouvent l’Autriche et la Hongrie venaient à prendre un caractère plus aigu encore. Enfin à Berlin, si favorable que l’on ait été il y a un an au rapprochement austro-russe, on n’a pas moins vu plus tard de mauvais œil l’Autriche graviter plus que de besoin vers Pétersbourg et peut-être même chercher sans le concours de l’Allemagne certaines solutions sur les Balkans.
Pour ce qui en est des relations entre l’Autriche et l’Allemagne et le troisième participant à la Triplice, elles ont été au moins languissantes durant la dernière guerre et durant les différentes phases par lesquelles a passé la question du choix d’un Gouverneur pour la Crète. On en veut à l’Italie d’avoir si souvent prêté une oreille docile aux conseils de l’Angleterre. On lui reproche de ne pas avoir retiré ses navires et ses hommes de Crète simultanément avec l’Allemagne et l’Autriche, d’avoir une politique à elle sur les Balkans et de conspirer avec le Monténégro depuis que le prince héritier de ce pays s’est allié à la maison de Savoie; on constate les éléments de faiblesse de l’Italie à l’intérieur, qu’après le rapport de M. le Ministre Carlin2, je n’ai besoin de rappeler ici que pour mémoire et la presse semi-officieuse viennoise s’est complue durant les derniers troubles en Italie à faire le procès de l’administration italienne, comparant les mesures prises par le Général de Bava à Milan à celles de Radetzky en 1848 et soulignant cette différence que c’est bien un général italien pur-sang qui, cette fois, a mitraillé les Milanais. On en est ici à se demander ce que vaut l’alliance italienne, si l’Italie est réellement «allianzfähig und würdig», non pas que l’on mette en doute sa bonne foi et ses intentions, mais si elle ne devient pas, par sa faiblesse intérieure, une quantité négligeable dans la Triple Alliance. On a pris récemment certaines mesures militaires sur la frontière italienne, qui certes ne prouvent aucunement que l’on songe à une action contre l’Italie mais dont le but est de faire sentir à Rome que l’on ne considère plus l’Italie comme un rempart suffisant pour protéger la frontière méridionale de l’Autriche. Voici quelques faits sur lesquels je fonde ces appréciations. J’apprends de bonne source que l’on construit des baraquements considérables près de Trieste, que l’on restaure certains ouvrages de fortification sur la frontière italienne et que les reconnaissances annuelles de l’Etat-major ont lieu cette année dans la direction de l’Italie, sous le commandement du Chef de l’Etat-major général, Baron Beck. Ce dernier, à la veille de son départ pour cette reconnaissance, aurait assuré à l’attaché militaire italien que cette reconnaissance d’Etat-major aurait lieu cette année en Galicie, voulant marquer par là que l’on avait à cacher quelque chose à l’Italie.
La Triple Alliance paraît donc quelque p^u ébranlée dans les relations de ceux mêmes qui la composent, mais les événements qui se sont produits dans les derniers mois laissent encore plus entrevoir la possibilité de nouveaux groupements: la position de l’Allemagne vis-à-vis de la Russie s’est sensiblement modifiée depuis la guerre de Chine et les prises de possession de territoire chinois; l’Allemagne qui a été la complice intéressée des convoitises russes, cherche à gagner le Czar, par l’Asie, avec ou sans la France. Cette politique, sans être en contradiction avec celle de la Triplice, n’est du moins pas de nature à l’affermir, comme telle, puisque la conséquence possible de nouveaux arrangements avec la Russie pourrait être de reléguer l’Autriche et l’Italie au second plan.
Quant aux relations de l’Autriche-Hongrie avec les Etats des Balkans, le Cte Goluchowsky pouvait certes dire que les efforts de l’Autriche et de la Russie d’assurer la paix sur les Balkans avaient été couronnés de succès; mais n’a-t-il pas été bien loin en affirmant que la paix dans ces contrées était assurée «in absehbarer Zeit»? Malgré son dire, on se demande ce qui se produira dans ces contrées lorsque les troupes turques auront évacué la Thessalie? La diplomatie serbe accuse la Bulgarie d’intriguer et de fomenter un soulèvement en Macédoine, – la Turquie poursuit ses armements et aux Délégations à Pest, le Gouvernement austro-hongrois vient de réclamer un vote d’indemnité – Nachtragscredit – pour 30 millions de florins, soi-disant déjà dépensés pour l’occupation de la Crète. Ce qu’il y a de plus frappant dans cette demande de crédits ou d’indemnité, c’est que les ministres compétents se sont absolument refusés à fournir, en séance publique de la commission, toute explication sur l’emploi de cette somme. Pourquoi cacher les postes budgétaires, si ces crédits ont été employés en Crète ou pour la Crète? Pourquoi abandonner l’ornière constitutionnelle et porter aujourd’hui en compte des sommes employées depuis un an, alors que les Délégations se sont réunies dans l’entre-temps? D’après des renseignements qui me parviennent de sources très sûres, les 30 millions en question auraient été dépensés surtout pour compléter le matériel de guerre. On ne possédait jusqu’ici que le nombre voulu de fusils et canons pour l’effectif de guerre les réserves non comprises, et les dislocations et garnisons en Bosnie et en Herzégovine étant insuffisantes pour le cas de guerre, on s’est vu dans l’obligation de les renforcer. Dans la séance secrète des Délégations les ministres de la guerre et des finances auraient parlé dans un sens beaucoup moins optimiste que le Cte Goluchowski et pour faire voter ces 30 millions pour les buts précités, auraient insisté sur la possibilité d’une conflagration dans les Balkans, mentionnant cette rencontre qui a eu lieu dernièrement à Abbazia entre le Prince de Bulgarie, le Prince héritier de Monténégro et le Ministre de Russie à Cettinje, entrevue qui pourrait bien avoir eu la Serbie pour objet!!
Ces faits de même que les différentes appréciations que vous avez trouvées dans le dernier rapport de M. le Ministre Lardy au sujet du discours de M. Chamberlain prouve bien que la Triple Alliance souffre de marasmes séniles, que l’on se trouve à la veille de nouveaux groupements et que dans son exposé sur la Triple Alliance le Cte Goluchowsky a supprimé toutes les ombres du tableau qu’il a présenté aux Délégations.
Je reviendrai dans un prochain rapport sur la seconde partie de l’exposé du Cte Goluchowski; elle a trait à la situation économique de la monarchie et mérite une étude que je n’aurai pas complétée avant une dizaine de jours.
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Alliances and Relations with other States (1893–1903)


