Thematische Zuordung Serie 1848–1945:
III. BILATERALE BEZIEHUNGEN
12. Italien
12.1. Allgemeine Beziehungen
Abgedruckt in
Diplomatische Dokumente der Schweiz, Bd. 9, Dok. 349
volume linkBern 1980
Mehr… |▼▶Aufbewahrungsort
| Archiv | Schweizerisches Bundesarchiv, Bern | |
▼ ▶ Signatur | CH-BAR#E2300#1000/716#903* | |
| Alte Signatur | CH-BAR E 2300(-)1000/716 396 | |
| Dossiertitel | Rom, Politische Berichte und Briefe, Militärberichte, Band 27 (1927–1927) |
dodis.ch/45366
Der schweizerische Gesandte in Rom, G. Wagnière, an den Vorsteher des Politischen Departementes, G. Motta1
Un membre de nos chambres fédérales, de passage à Rome, m'a exprimé sur nos relations avec l’Italie des idées décourageantes. «Nous ne maintenons la paix et l’amitié, a-t-il dit en substance, qu’en nous résignant à subir beaucoup d’ennuis.» Si ce ne furent pas ses propores paroles, ce fut bien le sens des propos qu’il m’a tenus au cours d’une longue conversation2.
Veuillez me permettre de développer ici ce que j’ai répondu à ce parlementaire, en ajoutant certains détails que je ne lui ai pas fournis, mais que je juge utile de mettre sous vos yeux.
Pour juger les relations de la Suisse avec l’Italie, il faut considérer aussi les rapports de l’Italie avec ses autres voisins. Je ne parle pas de la Yougoslavie: vous savez ce qu’il en est. Je ne parle pas de l’Autriche, qui continue à éprouver toutes les humiliations de la défaite. Mais voyez la France, nation alliée; voyez comment on interprête ici chacun de ses actes, les campagnes incessantes de la presse, les démonstrations navales dont elle a lieu de s’alarmer, les perpétuels incidents à sa frontière, infiniment plus graves que ceux dont nous avons à nous plaindre, et pour lesquels la France n’obtient souvent aucune satisfaction. Je puis citer aussi l’Allemagne. C’est contre son Ambassade que furent organisées les plus violentes manifestations qui se soient produites à Rome à l’adresse d’une puissance étrangère sous le régime fasciste. A cette heure, les journaux partent en guerre contre l’ancien empire allié pour le moindre article de la presse allemande sur la question du Haut Adige.
En réalité, l’Italie se trouve, depuis le coup d’Etat fasciste, dans un état qui rappelle celui de la République française au lendemain de la révolution. Le bouleversement de ses institutions intérieures, les mesures extraordinaires qu’elle a prises pour la défense d’un régime combattu âprement par les émigrés à l’étranger, les forces qu’elle accumule à sa frontière contre leurs machinations possibles, la fièvre nationaliste que le Gouvernement entretient à dessein, car cette exaltation nationale est nécessaire à son existence, elle justifie tous ses actes, elle le fait vivre: tous ces éléments devaient avoir leur répercussion sur les relations du Royaume avec les autres pays, et en particulier avec ses voisins.
Dans le nombre de ces nations - même si l’on y comprend l’Allemagne - la Suisse demeure particulièrement exposée par le fait de sa frontière si accidentée, de l’irrédentisme toujours en éveil, et qui ne désarme pas vis-à-vis des pays où l’on parle italien, et aussi pour une autre raison que nous ne devons jamais perdre de vue, et que vous connaissez mieux que moi: la Suisse possède en Italie la colonie étrangère la plus nombreuse, la plus importante au point de vue du commerce et de l’industrie, la plus enviée, la plus jalousée surtout dans certaines villes où nos compatriotes dirigent les plus grandes fabriques, détiennent encore des hôtels de premier ordre et ont une part éminente dans les grandes affaires financières.
En effet, les Allemands, plus nombreux que les Suisses avant la guerre, n’étaient que 8000 en 1921. D’après ce qu’on nous apprend à l’Ambassade d’Allemagne, ils devraient atteindre maintenant le chiffre de 15000. Mais l'Allemagne n’exigeant pas l’immatriculation, il n’est pas possible d’être exactement renseigné sur ce point.
Les Français sont beaucoup moins nombreux et occupent, par rapport aux Suisses, une place très secondaire dans le commerce et l’industrie du royaume. 11 en est de même des Anglais, représentés essentiellement par des touristes. Les Belges ont de très grosses affaires en Italie, mais un très petit nombre de ressortissants. Comme les Hollandais, Suédois, Grecs, Espagnols, ils se comptent par quelques centaines. Les Suisses sont 17000.
Si l’on tient compte de ces circonstances, on doit reconnaître que la Suisse, par rapport aux autres Etats, est encore privilégiée. Le public suisse est informé par ses journaux des incidents et des conflits; il ignore les relations de chaque jour, les avantages que nous en retirons, les preuves de bon vouloir et d’amitié. Notre traité d’arbitrage a marqué une date dans l’histoire des relations internationales. Le protocole commercial que nous venons de signer témoigne aussi de la bonne volonté du Gouvernement Royal et de son chef, qui est intervenu directement à cette occasion. Le «Duce» a multiplié, ces dernières années, à notre égard des déclarations amicales, qui ne répondent, malheureusement, pas toujours aux faits, mais qu’il n’a prodiguées à aucun autre Etat, et qui n’en sont pas moins un gage précieux pour la continuité de nos bons rapports.
Enfin, sur le marché du travail et en ce qui concerne les facilités du trafic, malgré tous les accrocs, tous les obstacles dont nous nous plaignons, nous sommes encore de tous les pays d’Europe le plus favorisé, car aucun autre n’a conclu avec l’Italie des arrangements comme celui qui concerne les cartes de tourisme, dont nos compatriotes ont largement profité; aucun autre ne trouve à placer en Italie un aussi grand nombre de travailleurs, malgré les restrictions chaque jour plus sévères à l’égard des étrangers.
Sans doute, les journaux italiens parlent souvent très mal de nous. Cela n’est pas surprenant. Ils sont tous fascistes et hostiles à la démocratie. La Suisse est le pays type d’un principe qu’ils détestent, qu’ils sont obligés de combattre, d'autant plus qu’il est admiré, prôné par beaucoup d'italiens résidant en Suisse: il est le principal argument des émigrés italiens, comme la légitimité du roi était la raison invoquée par les émigrés de France contre la République et plus tard contre l’Empire. D’autre part, le langage de beaucoup de journaux suisses - du Journal de Genève aux feuilles socialistes - à l’égard du fascisme, certaines manifestations, comme la lettre retentissante des étudiants tessinois au Conseil Fédéral3, ne tendent pas à créer plus de sympathie dans la presse fasciste à notre égard.
Ce sont ces faits qu’il convient de ne pas perdre de vue pour juger de notre situation présente à l’égard du pays voisin, dont l’amitié nous est si nécessaire et précieuse.
- 1
- Rapport Politique: E 2300 Rom, Archiv-Nr. 27.↩
- 2
- Randbemerkung Mottas: Ce membre des Chlambresl fédJéralesl est - je crois - M. Dollfus dont l’opinion n’a pas, dans ces choses, beaucoup de poids.↩
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