dodis.ch/46815
Notice du Chef de la Division des Affaires étrangères du Département politique,
P. Bonna1
M. Edouard de Haller est venu dîner hier au soir avec moi. Il m’a fait la communication suivante:
M. Avenol, qui partira au milieu d’avril pour New York, où il est invité à assister à l’inauguration de l’Exposition internationale, l’a convoqué pour lui dire ce qui suit:
Avant de partir pour l’Amérique, il a voulu tranquilliser ses collaborateurs en prenant ses responsabilités. Il a l’intention, si la guerre éclate, - quel que soit le sort de la Suisse, - d’arrêter toute activité de la Société des Nations et même de s’opposer à des velléités d’action en raison de la composition de la Société (Etats neutres et non neutres). Il ne compte pas consulter le Conseil, car cela ne donnerait rien (avis contradictoires et abstentions).
Il compte évacuer le personnel non suisse du Secrétariat, n’en garder en Suisse qu’un noyau et mettre le reste en congé. Les bureaux de Genève seraient fermés, sous réserve d’une petite équipe pour en assurer l’administration et la garde. M. Avenol se réfère aux entretiens qu’il a eus l’automne dernier à Berne: une des raisons de sa décision, c’est sa préoccupation de ce que deviendraient et feraient en Suisse des fonctionnaires qui ne seraient plus soumis à la discipline.
M. Avenol désire que le Gouvernement suisse soit informé de ses intentions; il est prêt à accueillir toute observation ou suggestion quant au modus procedendi. Il demande, toutefois, que le secret le plus complet soit conservé. M. Avenol n’a parlé de ses intentions qu’à un minimum de collaborateurs indispensables, mais ceux-là même ignorent que M. de Haller a été chargé de les communiquer à Berne.
En ce qui concerne le Bureau international du Travail, le Conseil d’administration prétend que celui-ci poursuivra intégralement son activité, même en cas de guerre. Il est prévu, cependant, qu’il quitterait également Genève pour aller s’installer dans le sud-ouest de la France.
A la question que l’évacuation du Secrétariat et du Bureau international du Travail poserait des problèmes très difficiles, M. Avenol répond que non, car, en tout état de cause, il ne s’agirait pas de transports considérables de documents et d’archives. Si la neutralité suisse est respectée, cette évacuation peut se faire avec tous les délais indispensables. Si, au contraire, la Suisse est attaquée, la région limitrophe sera évacuée et l’évacuation du Secrétariat de la Société des Nations s’incorporerait dans le mouvement2.