dodis.ch/45138
Der Vorsteher des Politischen Departementes,
G. Motta, an den schweizerischen Gesandten in
Paris,
A. Dunant1
Confidentielle
Berne, 24 novembre 1925
En nous référant à votre lettre du 21 novembre2, nous avons l’honneur de vous exposer ce qui suit, afin de compléter votre orientation sur la question délicate des relations entre la Suisse et la Russie.
1. Au point de vue politique, le Conseil Fédéral a le devoir de se demander, quels que soient les sentiments que peuvent inspirer le Gouvernement des Soviets et les méthodes bolchévistes, si l’état de tension exceptionnelle, qui s’est produit entre la Suisse et la Russie à la suite des circonstances que vous connaissez, ne finira pas par entraîner certains inconvénients qu’il serait désirable d’éviter. Pour faire comprendre quelle pourrait être la nature de ces inconvénients, il suffit de rapporter le fait suivant: Au cours de son récent séjour à Berlin, M. Tchitchérine a fait savoir à qui voulait l’entendre que la Russie ne pourrait songer à entrer dans la Société des Nations tant que le siège de la Société serait en Suisse. Ce dire a été répété à M. Rüfenacht par M. Stresemann3; il vient de trouver un écho dans un récent discours de M. Chamberlain à la Chambre des Communes. Nous ne nous exagérons pas l’importance d’une semblable déclaration, encore que nous regrettions que la question du siège de la Société des Nations soit si intempestivement soulevée à l’occasion de l’entrée possible de la Russie dans la Société, qui serait, par ailleurs, entièrement conforme à notre politique tendant à l’universalité de la Société des Nations. Nous devons la considérer, cependant, comme une indication que le mauvais vouloir tout spécial témoigné à l’égard de la Suisse par le Gouvernement des Soviets pourrait, selon les conjonctures, nous placer dans une situation difficile.
2. Au point de vue économique, il est sans doute anormal que de vastes territoires, qui ont constitué pour notre pays un important débouché, soient artificiellement fermés au commerce et à l’industrie suisses. Il se peut que, dans les milieux intéressés, on se leurre de la possibilité de reprendre activement les affaires avec la Russie; mais les mesures de boycott prises à notre égard par les Soviets ont pour conséquence d’empêcher que l’expérience soit tentée et d’entretenir les illusions que se forgent, à ce sujet, des négociants éprouvés par la crise actuelle.
3. Nous n’avons pas renoncé, en outre, à demander réparation du préjudice causé aux Suisses de Russie et, si la question venait à pouvoir se régler en faveur des autres étrangers qui ont partagé le sort de nos compatriotes, il serait fâcheux que nous fussions tenus à l’écart des négociations à ce sujet et que nos ressortissants fussent, à cet égard, moins bien traités que les autres.
Ces diverses considérations nous font envisager comme désirable l’opportunité d’un certain rapprochement entre le Conseil Fédéral et le Gouvernement des Soviets; mais, nous le répétons, des efforts dans ce sens ne pourront être tentés que si la Russie renonce, préalablement et sans conditions, au boycott actuellement pratiqué et il ne dépend pas de nous de l’y amener. Vous voudrez bien vous en tenir, en conséquence, à nos instructions du 17 novembre4.
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