Abgedruckt in
Diplomatische Dokumente der Schweiz, Bd. 8, Dok. 319
volume linkBern 1988
Mehr… |▼▶Aufbewahrungsort
| Archiv | Schweizerisches Bundesarchiv, Bern | |
▼ ▶ Signatur | CH-BAR#E2001B#1000/1505#458* | |
| Alte Signatur | CH-BAR E 2001(B)1000/1505 18 | |
| Dossiertitel | Injuriöse Artikel in der «Libera Stampa» gegen den ital. Ministerpräsidenten; Schändung des ital. Grabmals in Mendrisio (1924–1924) | |
| Aktenzeichen Archiv | B.46 • Zusatzkomponente: Italien |
dodis.ch/44961 Le Ministre de Suisse à Rome, G. Wagnière, au Chef du Département politique, G. Motta1
J’ai l’honneur de vous confirmer mon télégramme No 3 parti hier soir;2 l’heure du courrier ne m’a pas permis de vous écrire le soir même.3
Je m’apprêtais à vous écrire avant hier relativement aux articles de la «Libéra Stampa» lorsque j’ai reçu le rapport du Département politique, No 1 A.22/15 du 9 février4, adressé à toutes les Légations et relatant les délibérations du Conseil fédéral. A ce propos, je prends la liberté de vous adresser une prière: lorsqu’il s’agit de faits concernant nos relations avec l’Italie, il me serait extrêmement précieux de recevoir les informations et avis du Département politique directement5 et immédiatement et je vous en serais particulièrement reconnaissant.
J’en viens à la conversation sommairement résumée dans mon télégramme de hier soir. Je m’étais rendu hier, à 18 heures, au Palais Chigi pour parler avec M. Barone Russo (qui porte maintenant, depuis huit jours, le nom et le titre de Marquis Paulucci dei Calboli Barone) au sujet de certaines affaires de la Légation. Quand nous eûmes fini, le Chef de cabinet du Président du Conseil me dit qu’il avait à me parler des attaques de la presse suisse à l’adresse de M. Mussolini et même à l’adresse du Roi. Je l’interrompis pour lui dire qu’il s’agissait évidemment des articles de la «Libéra Stampa», que je ne connaissais pas d’autres journaux suisses qui se fussent joints à cette campagne et je me suis empressé de lui dire que vous vous étiez immédiatement occupé de cette affaire et que le Haut Conseil fédéral lui-même en avait été saisi.
M. Paulucci m’a répondu: «Je le sais, mais la répétition fréquente de ces attaques émeut vivement le Président qui se voit mal récompensé de ses interventions fréquentes pour faire cesser les campagnes irrédentistes dans les journaux italiens et tout ce qui pourrait nuire à nos bons rapports. Ce sont ces attaques qui auront, sans doute, provoqué le déplorable incident de Mendrisio où la statue de l’Italie a reçu de graves lésions.»
J’ai exprimé mon vif déplaisir et mon indignation au sujet de cet acte déplorable que j’ignorais et j’ai demandé à M. Paulucci qu’il me fournisse tous les détails à ce propos. Il est alors sorti pour chercher un télégramme, mais au bout de dix bonnes minutes, il est revenu en me disant qu’il ne le trouvait pas.
La conversation s’est prolongée encore quelques instants; mon interlocuteur, tout en demeurant parfaitement courtois, a parlé avec vivacité et insistance sur l’absolue nécessité de prendre des mesures afin d’éviter des incidents qui pourraient avoir de très graves répercussions dans la presse italienne. Il n’a cependant pas pu me citer d’autres journaux suisses en dehors de la «Libéra Stampa». Je lui ai fait remarquer que ces articles étaient le fait d’italiens et non pas de Suisses. Il m’a répondu: «expulsez-les.»6 Je l’ai quitté en lui répétant mes déclarations du début et en lui rappelant que nos traditions et notre constitution ne permettaient pas toujours à notre Autorité d’agir comme on peut le faire dans d’autres pays; il s’agit là de faits isolés qui n’interprètent nullement les sentiments du peuple suisse. «Je le sais bien» m’a-t-il dit.
Hier soir, j’ai lu dans la «Gazette de Lausanne», de dimanche, les déclarations du Gouvernement tessinois au Chef du Département politique suivant lesquelles la «Libéra Stampa» s’abstiendrait désormais de polémiques personnelles à l’égard du Gouvernement italien. Si j’avais eu connaissance de cette déclaration, en admettant qu’elle soit exacte, j’aurais pu en faire état dans ma conversation avec M. Paulucci Barone.
Evidemment les faits incriminés ne paraissent pas devoir justifier une si grande émotion au Palais Chigi. Je vous rappelle, cependant, que le Président est d’une extrême sensibilité à l’égard des attaques de la presse. Il dispose ici de toutes sortes de moyens pour tenir la presse en respect: au cours de l’année dernière, six journaux ont été supprimés en Lombardie. Les attaques dans un journal de langue italienne, à la frontière du Royaume l’irrite d’autant plus. Il s’étonne que nous n’expulsions pas les éléments socialistes italiens qui cherchent à compromettre nos relations, d’autant plus que nous avons su agir à l’égard des ouvriers sans travail ou dont les permis de séjour ne pouvaient pas être prolongés.
Comme je n’ai cessé de vous l’écrire, il existe en Italie des éléments puissamment organisés, prêts à exploiter tout ce qui pourrait fournir un aliment à l’agitation nationaliste. C’est ce qui donne une gravité spéciale aux plus petits incidents qui se produisent sur ce terrain brûlant de la frontière lombarde.
J’ajoute que le mouvement socialiste représenté par la «Libéra Stampa» n’est pas plus ami de la Suisse que M. Mussolini. Le langage de «l’Avanti» est caractéristique à ce propos. Les bolchevistes russes, eux aussi, ont largement usé de notre hospitalité dans les temps difficiles, ce qui ne les empêche pas de diriger contre la Suisse toute leur haine.
Jusqu’à présent un seul journal a relaté l’incident de Mendrisio en termes du reste très convenables.
J’attends vos communications avant de retourner au Palais Chigi.
- 1
- Lettre: E 2001 (B) 5/18.↩
- 2
- Non reproduit.↩
- 3
- Notes en marge de G. Motta: J’ai écrit une lettre personnelle à M. Wagnière aujourd’hui même. Je lui ai envoyé une copie de ma lettre du 5 février au Président du Conseil d’Etat tessinois, de la lettre 7 cour, de ce dernier et en outre la copie de la lettre du 13 cour, que le Conseil d’Etat tessinois a envoyée au Consul italien à Lugano.↩
- 4
- Non reproduit, cf. E 2001 (D) c 1/2.↩
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Italien (Andere)
Zwischenfälle und Polemiken der Presse im Tessin (1921–1924)


