Printed in
Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 6, doc. 170
volume linkBern 1981
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| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
▼ ▶ Archival classification | CH-BAR#E2001A#1000/45#781* | |
| Old classification | CH-BAR E 2001(A)1000/45 107 | |
| Dossier title | Nr. 796. Neutralitätswidriges Verhalten und Waffenschmuggel durch Armeeangehörige (1916–1916) | |
| File reference archive | B.272.3 |
dodis.ch/43445
Monsieur Sazonov m’a fait prier hier de passer au Ministère pour une communication. Il m’a donné connaissance de deux télégrammes émanant de la Légation Impériale de Russie à Berne et relatifs à la communication à l’Etat-Major allemand de dépêches chiffrées du Ministère des Affaires Etrangères de Russie à l’adresse de la Légation de Russie à Berne. D’une enquête faite par les autorités fédérales il serait résulté que les dites dépêches auraient été interceptées et que deux officiers suisses d’Etat-Major en auraient donné connaissance aux autorités allemandes. A la suite de ces faits M.M. de W. et E.2 auraient été relevés de leurs fonctions. M. Sazonov a témoigné sa satisfaction et sa reconnaissance de ce que le Conseil fédéral, informé de ce qui s’est passé, n’a pas cherché à étouffer l’affaire, mais en a informé la Légation Impériale de Russie, ce qui a permis au Gouvernement russe de modifier son chiffre et de se prémunir contre de nouvelles trahisons. Mais le Ministre, sans être très au clair sur la nature des mesures prises contre M.M. de W. Et E., a émis l’opinion que s’il s’agissait d’un simple déplacement il trouverait la sanction insuffisante et demanderait une répression plus sévère des abus commis. M. Sazonov m’a affirmé n’avoir pas donné connaissance jusqu’ici de ces faits au Conseil des Ministres, mais il ne m’a pas caché qu’il était en possession de numéros de journaux publiés en Suisse et renfermant des attaques virulentes contre la Russie. Il m’a signalé notamment un numéro du journal YUkraine qui se publierait à Lausanne et qui serait rédigé par un étranger à la solde de l’Autriche et en outre un numéro de la Gazette de Lausanne renfermant une correspondance défavorable à la Russie. Suivant le Ministre il y aurait là l’indication d’une inégalité de traitement vis-à-vis des écarts de la presse, d’une indulgence plus grande pour les détracteurs des Puissances alliées que pour ceux qui attaquent les Puissances centrales. Selon M. Sazonov ce serait d’autant plus regrettable que l’opinion publique en Russie est de plus en plus excitée contre les Allemands. Des faits pareils à ceux qui se passent en Suisse sont de nature à altérer les bons rapports qui devraient exister entre la Russie et la Suisse pays neutre et ami.
Une fois l’entretien porté sur ce terrain j’ai saisi l’occasion pour déclarer au Ministre des Affaires Etrangères que l’on était très irrité en Suisse contre les mesures illégales prises contre un certain nombre de nos nationaux, assimilés aveuglément par les autorités à des ennemis allemands ou à des espions allemands et maintenus en captivité sans jugement malgré toutes les réclamations de la Légation. D’après sa réponse il ne m’a pas paru très au courant de ces réclamations restées probablement dans les bureaux et il m’a promis qu’il ferait immédiatement procéder à une enquête et prendrait les mesures nécessaires pour mettre fin à cette situation. J’ajoute que les journaux russes s’occupent depuis deux jours de l’affaire dite «de la révélation et de l’espionnage des colonels suisses Egli et Wattenville» laquelle suivant la Novoie Wremja «aurait produit une très forte impression sur l’opinion publique de la Suisse, les Conseils des Cantons s’étant adressés au Conseil fédéral avec la demande d’apporter une lumière dans cette sombre affaire et prendre des mesures nécessaires.» La Rietsch publie un télégramme particulier de Paris disant que le Chef de l’Etat-Major Suisse vient de démissionner du fait que plusieurs colonels de l’armée suisse sont accusés d’espionnage au profit de l’Allemagne. L’Attaché Militaire de Suisse à Berlin sera rappelé.
Je vous serais fort obligé, Monsieur le Conseiller fédéral, de bien vouloir me faire parvenir le plus promptement possible vos instructions sur l’attitude à prendre vis-à-vis de la démarche de M. Sazonov. J’attacherais un grand prix à être informé d’une manière aussi complète que possible de la réalité des faits, afin de pouvoir répondre aux demandes d’information qui me sont adressées par des membres de la colonie suisse rendus nerveux par les nouvelles sensationnelles publiées par les journaux. La correspondance par courrier est je crois plus sûre que les télégrammes même chiffrés.


