Language: French
25.7.1914 (Saturday)
Le Ministre de Suisse à Vienne, J. Choffat, au Chef du Département politique, A. Hoffmann
Political report (RP)
Commentaires sur l’ultimatum de l’Autriche-Hongrie à la Serbie.
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Printed in

Jacques Freymond et al. (ed.)

Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 6, doc. 4

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Bern 1981

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dodis.ch/43279
Le Ministre de Suisse à Vienne, J. Choffat, au Chef du Département politique, A. Hoffmann1

J’ai l’honneur de vous confirmer mon rapport d’hier et de vous accuser réception de votre télégramme. Il va de soi que je ne songe pas un instant à prendre le congé que le Conseil fédéral a bien voulu m’accorder: j’attendrai pour cela que la situation se soit éclaircie.

Si je ne vous ai pas informé plus tôt de la démarche du Gouvernement austrohongrois à Belgrade, c’est que celle-ci a été une véritable surprise, dont le secret à été bien gardé jusqu’au dernier moment. On savait que le Gouvernement préparait quelque chose et qu’il présenterait des observations à Belgrade aussitôt l’enquête de Sarajevo finie; mais la note comminatoire d’avant hier soir a été un véritable coup de théâtre et a pris tout le monde au dépourvu - sauf peut-être l’Allemagne. Après avoir patienté longtemps (je me place à son point de vue), l’Autriche-Hongrie s’est brusquement - brutalement, si vous voulez - décidée, et, pour être sûre de ne pas reculer, elle a coupé tous les ponts derrière elle: soumission complète de la Serbie ou la guerre, il n’y a pas de milieu.

J’écrivais hier que la Serbie ne pouvait pas être prise au dépourvu par cette démarche, attendue chaque instant. Mais elle n’avait pas prévu ce délai de 48 heures qui lui a enlevé la possibilité de discuter. M. Pàsic était absent de Belgrade et a dû revenir précipitamment. Le procédé brusque de l’Autriche-Hongrie est peutêtre une suprême habileté qui lui réussira aujourd’hui mais qui demain se retournera contre elle, car la plupart des Puissances ne lui pardonneront pas de n’avoir pas - ou pour ainsi dire pas - donné à l’intervention diplomatique le temps de se produire.

Le Chargé d’Affaires de Russie a demandé hier au Ministère des Affaires Etrangères un délai en faveur de la Serbie. On le lui a refusé catégoriquement. Il a fait observer que le procédé était à peine poli, et le baron Macchio lui répondit: «Il y a des cas où l’intérêt passe avant la politesse».

Le comte Berchtold est reparti hier pour Ischl. Il veut y recevoir et communiquer directement à l’Empereur la réponse de Belgrade.

Le délai fixé à la Serbie expire dans quelques minutes (il va être six heures). En ce moment, on ignore encore dans les ambassades - d’où je viens - la décision prise. On a pourtant l’impression bien nette que la Serbie cédera, car la Russie ne marche pas derrière elle assez résolument.

Ce sera pour elle un coup bien dur. Elle digérera difficilement cet affront. Le feu couve quelque temps sous la cendre et se rallume plus ardent que jamais à la première occasion.

Excusez un certain décousu dans ces lignes jetées en hâte pour que le courrier les emporte ce soir encore. J’espère vous télégraphier plus tard des nouvelles positives de la solution.

1
Rapport politique: E2001, Archiv-Nr. 721.