Language: French
20.6.1907 (Thursday)
Der schweizerische Gesandte in Paris, Ch. Lardy, an den Bundespräsidenten und Vorsteher des Politischen Departementes, E. Müller
Political report (RP)
Ein französischer Gewährsmann beurteilt die französisch-britische Politik der Isolierung und Umzingelung Deutschlands kritisch. Lardy hält am Glauben an die Friedfertigkeit der Franzosen fest.

Thematische Zuordung Serie 1848–1945:
I. INTERNATIONALE LAGE
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Printed in

Herbert Lüthy, George Kreis (ed.)

Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 5, doc. 176

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Bern 1983

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Cover of DDS, 5

Repository

dodis.ch/43031
Der schweizerische Gesandte in Paris, Ch. Lardy, an den Bundespräsidenten und Vorsteher des Politischen Departementes, E. Müller1

handschriftlich

Un Français que les circonstances ont exclu de la politique active, mais qui s’est fait une position de premier ordre parmi les historiens et hommes de lettres de son pays, me disait des conventions anglo-espagnole et franco-espagnole: «Nous avons une politique extérieure de premier ordre, ou le roi d’Angleterre nous fait faire une politique extérieure comme jamais nous n’en avons fait. Ni Louis-Philippe, ni la Restauration n’ont obtenu de tels succès. Qu’aurait-on dit jadis si ces souverains avaient eu des alliances ou des amitiés avec la Russie, l’Angleterre, l’Espagne, et avec l’Italie des arrangements tels qu’elle restera forcément neutre en fait? C’est toute l’Europe avec nous contre l’ex-confédération germanique de 1815, transformée il est vrai, beaucoup plus puissante, mais enfin nettement cantonnée dans ses propres ressources. C’est extraordinaire que notre Gouvernement, dont la politique intérieure laisse fort à désirer au point de vue de la prévoyance, à celui des finances, à celui du maintien de la discipline dans l’armée et l’administration, obtienne au-dehors des succès de premier ordre. C’est presque trop beau; nous avons trop d’amis. Le danger est que l’Allemagne, connaissant nos divisions politiques et religieuses et le mauvais état moral de notre armée, ne se dise qu’elle doit briser ce cercle diplomatique par un coup de force. Je n’y crois guère, mais enfin cela ne serait pas absolument exclu. L’autre danger peut être que l’Angleterre, après nous avoir grisés, se contente de nous laisser au moment décisif en présence des Allemands, et de bénéficier de l’affaiblissement des partis pour faire un coup quelque part; l’Angleterre, pour le seul fait d’envoyer 100 mille hommes dans le nord de la France, pourrait cependant produire dans ce pays-ci un effet moral énorme, qui agirait sur l’état mental de nos populations nerveuses. Nous sommes très heureux, très satisfaits de ce qui se passe, mais c’est si beau que cela en est presque inquiétant.»

La presse française, surtout la presse officieuse, met la sourdine, se fait petite et affecte de considérer les arrangements de l’Angleterre et de la France avec l’Espagne comme des incidents tout naturels, comme la constatation d’un état de fait préexistant et comme une paperasse inoffensive destinée à constater et à garantir un status quo accepté par tout le monde. L’ambassadeur allemand tient le même langage, dit qu’il n’y a rien de changé et que pour avoir écrit des choses que tout le monde sentait ou savait, la situation n’est pas devenue différente.

Je persiste d’ailleurs dans ma conviction que les Français n’ont aucune envie de faire la guerre, qu’il y a dans ce pays-ci une majorité pacifique formidable, et qu’ils ne la commenceront pas même si l’Angleterre leur promet le Maroc et la moitié occidentale du Congo belge. D’autre part, l’Allemagne risquerait-elle le coup d’un attaque contre la France? j’en doute fort, car, même si elle était victorieuse sur terre, elle sortirait de la lutte fort affaiblie; une guerre francoallemande ferait précisément le jeu des Anglais et leur donnerait en Afrique, en Asie, la liberté d’action qu’ils ambitionnent. J’ai plutôt l’impression qu’on patientera à Berlin, en se disant que le roi Edouard ne vivra pas toujours et qu’en France tout change assez vite. On doit avoir à Berlin l’impression que le peuple français n’admettra pas une guerre d’agression, et je crois que les Allemands cherchent plutôt à créer patiemment, lentement, des occasions de rapprochement avec Paris; ils ne réussissent pas jusqu’ici, mais il me parait, à divers indices, que c’est leur désir et que, pour cela, ils ne se lanceront pas dans des aventures, malgré la reprise en sous-main et sous une forme fort adroite, de la politique Delcassé. La France ne pouvant plus compter sur un appui matériel de la Russie, a cherché une réassurance à Londres, mais je ne crois pas que ce soit pour attaquer, au moins dans la pensée de la très grande majorité du Parlement et du peuple; le gouvernement français utilise des accords avec l’Angleterre pour se soutenir à l’intérieur, où sa position est le plus souvent difficile, mais de là à passer à l’action, il y a cent lieues. Malgré toute son habileté, le roi d’Angleterre risque fort d’y perdre son latin, et les Allemands auraient tort de ne pas rester tranquillement Gewehr bei Fuss. N’oublions pas, enfin, que l’argent manque partout, en Allemagne encore bien plus qu’ici.

1
Politischer Bericht: E 2300 Paris, Archiv-Nr. 60.