Language: French
24.4.1941 (Thursday)
Le Ministre de Suisse à Madrid, E. Broyé, au Chef du Département politique, M. Pilet-Golaz
Political report (RP)
Selon le Ministre Broyé, l’Espagne ne semble pas sur le point d’entrer dans le conflit. Une délégation espagnole s’apprêterait à partir pour Berlin, pour expliquer aux dirigeants allemands les raisons qui s’opposent à une participation du pays à la guerre.

Classement thématique série 1848–1945:
2. RELATIONS BILATÈRALES
2.6. ESPAGNE
2.6.2. RELATIONS POLITIQUES
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Printed in

Antoine Fleury et a. (ed.)

Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 14, doc. 30

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Bern 1997

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Cover of DDS, 14

Repository

dodis.ch/47216
Le Ministre de Suisse à Madrid, E. Broyé, au Chef du Département politique, M. Pilet-Golaz1

Confidentiel

L’Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique2 m’a confié, au cours d’une visite que je lui fis aujourd’hui, qu’il avait été chargé par son Gouvernement de faire au Gouvernement espagnol l’importante communication que je rapporte ci-après. Il s’est acquitté de cette mission au cours d’une visite qu’il rendit à M. Serrano Suner le 19 de ce mois:

Le Gouvernement américain attire sérieusement l’attention du Gouvernement espagnol sur sa volonté de ne pas rester en dehors de cette guerre d’agression, mais de continuer à mettre en action tous ses moyens accrus pour arriver à la victoire finale, de l’avènement de laquelle il est absolument certain.

En échange de cette communication, l’Ambassadeur a demandé à M. Serrano Suner de lui dire si l’Espagne allait signer le Pacte tripartite3, comme le bruit en courait. Le Ministre des Affaires extérieures s’est borné à répondre que rien n’était changé.

Nous avons donc là une réponse officielle qui, sans être concluante, n’en vient pas moins confirmer les principales conclusions que j’ai eu l’honneur de développer dans mes rapports précédents, selon lesquelles il semblait que l’Espagne ne fût pas menacée, pour le moment, immédiat du moins, d’être impliquée dans la guerre, l’intérêt de l’Allemagne n’appelant pas, à l’heure actuelle, une extension des hostilités dans cette partie de l’Occident. Il y a plutôt lieu de se demander si, après la victoire allemande en Grèce, le Reich ne se retournera pas contre la Turquie, comme il sera fatalement condamné à le faire dans la suite contre la Russie. Une centaine de divisions allemandes seraient en effet échelonnées le long de la frontière russe et, si l’on en croit l’Ambassade d’Allemagne elle-même, la guerre entre Berlin et Moscou est plus qu’une probabilité dans la suite.

Le bruit circule à Madrid de l’envoi imminent d’une Commission espagnole à Berlin, ayant à sa tête M. Finat, Comte de Mayalde, Directeur de la Sûreté publique, qui irait exposer aux dirigeants allemands la véritable situation de l’Espagne et les difficultés d’ordres économique et politique qui s’opposent à une participation guerrière de sa part.

Selon cette même rumeur, M. Finat resterait à Berlin en qualité d’Ambassadeur et remplacerait le Général Espinosa de los Monteros.

Tandis que l’Allemagne escompte à bref délai la capitulation de la Grèce, elle s’emploierait dès maintenant à convaincre la Turquie, au cas où celle-ci ne voudrait pas jouer la carte allemande, de laisser passer les troupes du Reich à travers son territoire, en lui offrant des compensations dans les pays de son «Hinterland». Et, simultanément, l’Allemagne paraît avoir provoqué une certaine alerte au Portugal et en Espagne, pour démontrer à la Turquie qu’au cas où celle-ci n’entrerait pas dans les vues de Berlin une autre solution serait à la disposition de M. Hitler afin de ne pas payer trop cher les concessions que la Turquie serait disposée à lui faire.

1
E 2300 Madrid/10.
2
A.W. Weddell.
3
Signé à Berlin le 27 septembre 1940 entre l’Allemagne, l’Italie et le Japon.