Nous avons eu l’honneur de recevoir le rapport du 19 mai2 par lequel vous avez bien voulu nous mettre au courant de ce que vous avez fait pour créer, à votre arrivée à Paris, un mouvement de sympathie en faveur de la Suisse. Nous en avons pris connaissance avec un vif intérêt et nous vous approuvons d’avoir profité de l’occasion favorable que fournissait votre installation à Paris pour attirer l’attention sur notre pays et dissiper en même temps certaines préventions ou certains malentendus.
Nous sommes persuadés que l’activité très grande dont vous avez fait preuve au début de votre importante mission a contribué à vous assurer la forte position dont nous avons déjà tiré profit à l’occasion de la question de la neutralité de la Suisse dans la Société des Nations3 et nous vous sommes reconnaissants de ne pas avoir hésité à payer de votre personne et prononcer plusieurs discours.
Il ne vous aura certainement pas échappé que, pour le représentant diplomatique d’un petit pays, cette activité publique n’est, toutefois, pas sans certains inconvénients et dangers. Quelques journaux mal disposés à l’égard de la France ont déjà eu des commentaires assez malveillants au sujet des manifestations franco-suisses dont vous nous rendez compte. La «Berliner Börsenzeitung» du 19 mai fait, sous un titre assez agressif, écho à un méchant article de la «Neue Basler Zeitung» et le Ministre d’Allemagne à Berne a déjà marqué, dans des conversations privées, un peu d’humeur de vos allusions à une communauté d’intérêts entre la Suisse démocratique et la démocratie française.
Ces critiques sont exagérées. Elles proviennent en partie de la façon peut-être un peu tendancieuse dont les journaux français ont reproduit vos paroles et nous nous plaisons à espérer qu’il ne sera pas difficile d’écarter les malentendus qui pourraient en résulter.
L’extrême sensibilité avec laquelle tout ce qui donne un instant l’apparence que nos relations avec l’un de nos voisins sont plus chaleureuses qu’avec les autres est observé et commenté démontre cependant qu’on ne saurait être trop circonspect et que les actes les plus naturels et les plus utiles dans les relations franco-suisses peuvent avoir, dans nos relations avec d’autres pays, des répercussions imprévues. Nous savons pouvoir compter sur vous pour ne jamais perdre de vue la nécessité de ne pas troubler l’équilibre qui doit être maintenu entre tous nos voisins4.