Classement thématique série 1848–1945:
I. SOCIÉTÉ DES NATIONS
4. Conflit italo-éthiopien, sanctions; venue du Négus en Suisse; manifestation de journalistes italiens à la SdN; reconnaissance de l’Ethiopie italienne
Pubblicato in
Documenti Diplomatici Svizzeri, vol. 11, doc. 156
volume linkBern 1989
Dettagli… |▼▶Collocazione
| Archivio | Archivio federale svizzero, Berna | |
▼ ▶ Segnatura | CH-BAR#E2300#1000/716#481* | |
| Vecchia segnatura | CH-BAR E 2300(-)1000/716 229 | |
| Titolo dossier | London, Politische Berichte und Briefe, Militärberichte, Band 29 (1935–1935) |
dodis.ch/46077
Conformément à vos instructions, j’ai, dès mon retour à Londres, demandé un entretien à Sir Robert Vansittart pour lui exposer la situation de la Suisse par rapport au problème des sanctions à décider par la Société des Nations contre l’Italie. Sir Robert, bien que submergé par un défilé ininterrompu de toutes sortes d’interlocuteurs, tant diplomates que ministres d’Etats, a pu s’arranger à me voir pendant un quart d’heure. Il règne autour de son cabinet tous les indices d’agitation qui caractérisent les moments critiques de la politique internationale. Ceci s’explique par le fait qu’outre Genève, cet entourage constitue évidemment l’endroit où la réaction de la complication actuelle se fait sentir avec plus d’intensité que dans n’importe quelle autre Chancellerie. Mon entretien a suivi ceux des Ambassadeurs de Belgique et de France.
Voici ce que j’ai dit à Sir Robert:
M. le Conseiller Fédéral Motta tient à ce que le Foreign Office soit exactement renseigné sur l’attitude que la délégation suisse sera obligée d’adopter à Genève par rapport au problème des sanctions;
En premier lieu, la Suisse devra obéir au principe de sa neutralité, qui est non seulement la base de son statut international, mais de son rattachement à la Société des Nations;
Dans cet ordre d’idées, il ne pourra jamais être question pour elle de coopérer à des mesures militaires entreprises sous la direction de la Société des Nations contre un Etat quelconque;
En ce qui concerne des mesures non-militaires, sous forme d’une pression économique, la Suisse ne manquera pas de remplir ses obligations; elle considère sa coopération comme une affaire de loyauté envers la Société des Nations, vis-à-vis de laquelle elle a pris ces engagements;
Si elle est obligée de faire certaines déclarations et d’attirer l’attention de l’Assemblée sur la situation très spéciale qui lui est créée d’une part par sa neutralité, d’autre part par sa situation géographique dans le cas présent, il doit être bien entendu que ces déclarations ne peuvent être interprétées comme une tentative de se dérober à ses responsabilités et obligations;
Aussi longtemps que les mesures décidées contre l’Italie n’ont pas le caractère d’actes hostiles, la coopération de la Suisse est dès lors évidente et le Gouvernement suisse ne voit pas qu’il puisse subsister des malentendus au sujet de son attitude, qui est aussi légitime que sincère.
Sir Robert, par toute sa manière de discuter de cette question, montre clairement combien il prend au sérieux cette affaire de violation du Pacte par un Etat membre. Au premier abord, toute allusion à des réserves quelconques au sujet de l’application de sanctions le rend nerveux. Il ajoute toutefois qu’il n’aime pas le terme «sanctions» et qu’il parlerait plutôt de «pression». A son avis, des demandes d’égards de membres de la Société des Nations risquent de compromettre l’action et doivent nécessairement tendre à la priver de son efficacité.
Il constate qu’il n’est pas question actuellement de mesures militaires et que, dans ce sens, la neutralité suisse n’entre pas enjeu. D’autre part, la «pression» à exercer contre l’Italie, telle qu’elle est envisagée actuellement, ne consistera pas, selon lui, en des actes hostiles, de sorte qu’il ne voit pas, dans l’attitude de la Suisse, un élément préjudiciable aux résolutions qui seront prises à Genève.
L’attitude de la Hongrie2 a provoqué au Foreign Office une impression déplorable et c’est en comparant notre point de vue3 avec celui du Gouvernement de Budapest que Sir Robert note avec satisfaction la différence entre ces deux manières de procéder. Il m’a dit en fin de compte qu’il est très heureux d’avoir reçu l’explication que je viens de lui donner et qu’il en conclut que la Suisse fera son possible pour collaborer sincèrement aux efforts qui tendent à faire de la Société des Nations l’instrument de paix qu’elle doit être.
Il est intéressant d’ajouter que mon interlocuteur a saisi cette occasion pour proclamer l’altruisme de la Grande-Bretagne dans sa volonté d’établir définitivement le prestige de l’Institution de Genève; il affirme même que ce seront les autres Etats, et notamment les petits Etats, qui tireront le plus grand profit de ce prestige, bien plus que la Grande-Bretagne elle-même qui, après tout, est plus que toute autre Puissance en mesure de se tirer d’affaire sans la Société des Nations. Il dit aussi que, de l’avis non seulement du Gouvernement, mais aussi de l’homme de la rue britannique, il y va cette fois de l’existence même de la Société des Nations et que, si l’on n’arrive pas à lui assigner le pouvoir qui doit lui revenir, elle passera irrévocablement dans le néant.
Mon entretien avec Sir Robert s’est limité à la conversation dont vous voudrez bien trouver le résumé dans ce qui précède; réflexion faite il m’a paru indiqué de ne pas lui remettre cette fois, comme d’usage, une notice écrite.
- 1
- Rapport politique: E 2300 London, Archiv-Nr. 29.↩
- 2
- Le 7 octobre, le Conseil de la SdN a adopté le rapport du Comité des Six, formé le 5 octobre, rapport concluant que «le Gouvernement italien a recouru à la guerre contrairement aux engagements pris à l’article 12 du Pacte de la SdN». Ce rapport a été transmis par le Président du Conseil à l’Assemblée de la SdN, réunie à nouveau le 9 octobre. Lors de cette séance, le délégué hongrois, rejoint par celui de l’A utriche, a déclaré que la délégation de son pays n’est pas à même de s’associer aux conclusions du rapport approuvé par le Conseil de la SdN. Le 10 octobre, les délégués de la Hongrie et de l’Autriche réitèrent leurs déclarations du jour précédent, s’abstenant de constater, contrairement à tous les autres membres de l’Assemblée, que l’Italie, en recourant à la guerre, a violé le Pacte de la SdN. Cf. JO. SDN, 1935, Supplément spécial no 138, pp. 101–102 et 113.↩
- 3
- Cf. annexe au no 154.↩


