Language: French
8.1.1923 (Monday)
Le Chef du Département politique, G. Motta, au Ministre de Suisse à Rome, G. Wagnière
Letter (L)
A propos d’incidents divers entre Suisses et fascistes, il est préférable de les liquider sans leur donner une suite diplomatique. Appréciation de Motta sur l’évolution du fascisme par rapport aux relations italo-suisses. L’attitude des journaux suisses à l’égard de l’Italie.
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Printed in

Antoine Fleury, Gabriel Imboden (ed.)

Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 8, doc. 247

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Bern 1988

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dodis.ch/44889 Le Chef du Département politique, G. Motta, au Ministre de Suisse à Rome, G. Wagnière1

Je vous remercie cordialement des lettres que vous m’avez écrites les 23 et 29 décembre2 ainsi que les 43, 54

et 65 janvier.

Le Département s’était adressé directement au Consulat de Milan6 pour avoir des informations rapides et sûres au sujet des affaires de Domodossola. Nous avons donc reçu le même rapport que vous avez reçu vous-même et en même temps une copie du procès-verbal, signé par les Suisses et les fascistes7, qui a liquidé l’incident.

Je ne pense pas qu’il y ait lieu de donner une suite diplomatique à cette affaire en somme peu importante. Il est évident que même le plus petit incident peut, d’après les circonstances, causer des ravages. Mais, dans le cas spécial, le mal le plus grave a été fait par la «Libéra stampa», le quotidien socialiste tessinois, qui, obéissant à des buts de parti, a exagéré les faits et semé l’alarme dans la presse suisse.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt vos appréciations générales sur l’évolution du fascisme. Je partage, en bonne partie, vos vues et je suis particulièrement très d’accord qu’il faut garder les yeux ouverts. Mais en somme, en faisant la balance du mal et du bien, j’incline à penser que le bien l’emporte sur le mal, même et surtout au point de vue des rapports entre l’Italie et la Suisse.

L’attitude bienveillante de Mussolini envers la Suisse ne répond pas à un sentiment personnel. Mussolini a dû examiner sérieusement la question tessinoise et a fini par comprendre que la question tessinoise c’est la question suisse tout entière. De là son retour à des idées saines dans les relations avec nous.

Quant à l’attitude des journaux italiens en Suisse, je crois devoir vous indiquer que le «Corriere italiano» paraissant à Berne, a eu récemment des articles excellents. «L’Opera Bonomelli» publie également un journal hebdomadaire; je n’ai jamais eu à me plaindre sur son compte.

Ce qui parfois me préoccupe, c’est l’attitude de plusieurs journaux de la Suisse allemande qui saisissent chaque occasion pour montrer leurs inquiétudes et leur défiance vis-à-vis de l’Italie, et qui croient avoir rempli leur devoir lorsqu’ils ont exalté le patriotisme des Tessinois. Cette exaltation fréquente et inutile dxx patriotisme tessinois a quelque chose d’involontairement blessant. Je considère comme une erreur qu’il continue à paraître au Tessin un journal allemand «Die Südschweiz»; je n’ai malheureusement pas les moyens de la faire disparaître. Il ne répond à aucune utilité.

P.S. Votre télégramme au sujet des «danneggiati»8 est arrivé à session déjà close. L’affaire est devant le Conseil des Etats qui témoigne de peu de bonne volonté.

1
Lettre (Copie): E 2001 (B) 4/17.
2
Non reproduites, cf. J.1.1/1, 2.
3
Non reproduite, cf. E 2300Rome 23.
4
Cf. no 246.
5
Non reproduite.
6
Lettre du 29 décembre 1922, non reproduite.
7
Procès-verbal du 28 décembre, non reproduit. Ce procès-verbal mit fin à l’affaire de Domodossola.
8
Sur les Suisses lésés en Italie par la guerre, cf. E 2001 (C) 4/110.