Personnelle Rome, 11 novembre 1920
Comme je vous l’ai mandé dans mon télégramme No 522, j’ai eu ce matin une longue conversation avec M. Tittoni qui est rentré plus tard qu’on ne l’avait annoncé et que je n’ai pas pu aller voir ces jours derniers ayant été absorbé par l’Assemblée de l’Institut International d’Agriculture.
Sur un des points soulevés par votre lettre du 11 octobre3, M. Tittoni m’a tenu un tout autre langage que le Comte Sforza.4 M. Tittoni, comme M. Sforza, considère comme un honneur pour l’Assemblée d’être reçue à Genève par le Président de la Confédération qui serait appelé ainsi à en présider la séance d’ouverture. En revanche, il doit reconnaître, après en avoir longuement conféré avec ses collègues du Conseil de la S.d.N. que le Président de la Confédération ne devrait pas être appelé à présider l’Assemblée et que même sa présence au cours des débats présenterait des inconvénients. Plusieurs Etats, m’a-t-il dit, sont représentés par de simples fonctionnaires ce qui créerait une inégalité trop sensible au point de vue du rang des délégués. En outre, après les expériences faites à Paris avec M. Wilson, la présence d’un chef d’Etat, indépendamment de sa personne, rencontrerait quelque opposition, principalement dans les milieux alliés.
Mon premier mouvement, a dit M. Tittoni, aurait été de proposer moi-même que le Président de la Confédération fût appelé à présider l’Assemblée, mais après en avoir conféré avec mes collègues j’ai dû reconnaître la justesse de leur raisonnement. Et j’aurais été malvenu pour insister après avoir déjà dû rompre des lances afin d’obtenir que le siège de la Société des Nations fût maintenu à Genève.
M. Tittoni croit savoir que vous serez à Genève samedi et m’a demandé de pouvoir être reçu par vous afin de vous exposer sa manière de voir.