Language: French
29.2.1904 (Monday)
Der schweizerische Gesandte in Washington, F. du Martheray, an den Bundespräsidenten und Vorsteher des Politischen Departementes, R. Comtesse
Political report (RP)
Für Roosevelt ist die russische Gefahr weit mehr zu fürchten als die angebliche Gelbe Gefahr; eine Hegemonie dieser despotischen und reaktionären Macht wäre ein Verhängnis. Die Sympathien der amerikanischen öffentlichen Meinung haben sich völlig von Russland abgewandt und neigen jetzt Japan zu. Die Vehemenz der Parteinahme des Präsidenten lässt du Martheray die amerikanische Neutralität als prekär erscheinen. Von Roosevelt nach der Haltung der Schweiz befragt, antwortet der Gesandte mit dem Hinweis auf den helvetischen Quietismus.

Thematische Zuordung Serie 1848–1945:
I. INTERNATIONALE LAGE
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Printed in

Herbert Lüthy, George Kreis (ed.)

Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 5, doc. 10

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Bern 1983

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dodis.ch/42865
Der schweizerische Gesandte in Washington, F. du Martheray, an den Bundes - Präsidenten und Vorsteher des Politischen Departementes, R. Comtesse1

Confidentiel et personnel

Vous trouverez joint à ces lignes un rapport relatif à la guerre russo-japonaise auquel j’ai ajouté quelques appréciations tirées d’une conversation avec le Président Roosevelt sur différentes autres questions. Si dans mon rapport je n’ai pas cité l’opinion de Mr. Roosevelt sur la guerre, ce n’est pas qu’il se soit abstenu d’en parler, c’est au contraire parce qu’elle a été le sujet principal de cette conversation et que j’ai cru nécessaire d’en faire l’objet d’un rapport confidentiel encore et de Vous l’adresser personnellement.

En effet, mes relations personnelles avec le Président et sa famille, l’intimité dans laquelle il me reçoit tandis qu’il ne voit guère les Chefs de Mission que dans les rares occasions officielles, la confiance avec laquelle il me parle généralement et cette fois-ci notamment devant le Ministre de la Guerre et enfin le fait que le langage du Secrétaire d’Etat, Mr. Hay, toujours très circonspect et boutonné, contraste vivement avec celui du chef de l’Etat, m’obligent à une discrétion toute spéciale.

Mr.Roosevelt m’a paru complètement absorbé par l’idée de cette guerre et des conséquences qu’elle entraînera et me disait qu’à son avis pour les Etats-Unis le péril russe était plus à craindre que le «péril jaune» au moyen duquel la Russie essaye d’intimider le monde civilisé et de capter ses sympathies.

Outre le danger que court le commerce américain en Extrême-Orient, le Président se demande si la «Sainte Russie» est bien qualifiée pour se faire le champion de la civilisation, que du reste le «péril jaune» est, pour le moment du moins, bien loin de menacer.

Se plaçant au point de vue des idées de liberté, des principes républicains et démocratiques, il s’inquiète de voir cet Empire despotique et rétrograde, ennemi du progrès et de la liberté, atteindre une prépondérance aussi considérable que la lui donnerait la victoire en Extrême-Orient, prépondérance telle qu’aucune Puissance, ni aucune coalition européenne ne pourrait la contrebalancer.

D’autre part, il estime que la Chine est un organisme inerte, et que pour le revivifier et le rendre dangereux le Japon aurait d’insurmontables difficultés à vaincre. Mr. Roosevelt souhaiterait uniquement de voir la Chine ouverte au monde entier et se civilisant sous l’influence de la concurrence internationale; mais, ajoute-t-il, internationale, et pas seulement européenne ou seulement russe.

Mr. Roosevelt a exprimé son étonnement du revirement complet qui s’est fait dans l’opinion publique de ce pays contre la Russie et qui va de jour en jour en augmentant.

«Il y a sept ans encore, vous n’eussiez pas trouvé dans les Etats de l’Union une personne qui ne vous dise avec conviction que notre meilleur, notre traditionnel ami en Europe, c’était la Russie. Ce qui a fait changer, c’est la menace de nous voir exclus peu à peu de toute participation au commerce en Extrême-Orient, c’est surtout l’attitude de la Russie en Mandchourie où elle nous a supplantés par des moyens peu francs, où elle refuse de recevoir nos Consuls, où elle nous ferme la porte qu’elle s’est engagée par les traités à laisser également ouverte à tous. Ajoutez à cela les maladresses de son représentant - il n’a pas nommé Cassini - qui a ouvertement - voire même par le moyen de la presse - critiqué notre Gouvernement, notre administration, nos mœurs, notre société, soupçonné nos intentions et même notre bonne foi.

Aujourd’hui, outre la sympathie que les Etats-Unis éprouvent pour le petit Japon courageux, qui, luttant pour son existence, vient réclamer au colosse russe qu’il tienne ses promesses, il y a un élément de plus; il y a l’antipathie pour la Russie qui est basée surtout sur la menace, si la Russie triomphe, de nous voir exclus du commerce en Extrême-Orient comme le Japon, et de nous trouver en présence d’un Empire russe si puissant qu’il dirigera le monde à son gré sans opposition quelconque, et dans un sens despotique et rétrograde qui menacera toutes les nations libérales.

Tandis que, d’autre part, si le Japon est victorieux, il sera bien obligé de compter avec les autres Puissances, tant européennes qu’américaines, et la Chine et l’Extrême-Orient pourront être maintenus neutres, comme un vaste marché ouvert au monde entier.»

D’un autre côté, j’ai été très frappé des questions que m’a posées le Président sur la Suisse, ses sympathies, sa neutralité, son armée. Il m’a demandé entre autres si l’éventualité d’une hégémonie toute-puissante - de la Russie ne nous donnait pas à craindre pour notre indépendance. Si notre armée serait assez forte pour garantir notre neutralité, si l’Allemagne, appuyée par la Russie, n’était pas pour nous un sujet d’inquiétude. Très embarrassé, j’ai pris le ton de la plaisanterie et ai répondu que j’ignorais de quel côté étaient dans ce moment les sympathies de la Suisse, que nous vivons dans la quiétude d’une nation qui n’ayant pas d’ambitions territoriales croit avoir dignement rempli ses devoirs internationaux et mérite de conserver la place qu’elle occupe. J’ai ajouté que, du reste, quelque soit l’ogre qui tenterait de nous avaler, nous saurions nous mettre en travers et qu’à coup sûr nous serions un ou des morceaux fort indigestes.

En résumé, Monsieur le Président, cette conversation m’a laissé l’impression que la déclaration de neutralité des Etats-Unis n’a répondu qu’à moitié aux sentiments du Président et qu’elle n’est pas aussi assurée que je le croyais et que je Vous l’ai écrit en date du 13 février. Il a terminé cette conversation en disant avec une insistance particulière: «N’oubliez pas que dans ce pays, ce n’est pas le Gouvernement qui décide de la guerre. C’est le pays entier qui, comme un seul homme, la demande ou la refuse. Rien au monde ne peut l’y entraîner s’il ne la veut pas. Mais s’il la juge nécessaire aucune considération, aucun Gouvernement ne peut l’arrêter et le jour où nous menacerons, soyez sûr que ce ne sera pas du ‹bluff›, comme l’a fait la Russie

Je ne veux pas être alarmiste. Je connais la fougue avec laquelle Mr. Roosevelt traite toutes les questions, mais néanmoins la présence et l’approbation du Secrétaire de la Guerre, Mr. Taft, à cette conversation m’ont donné à réfléchir et m’ont fait un devoir de Vous en donner connaissance.

En tous cas, si la participation des Etats-Unis à la guerre ne se réalise pas à présent ou plus tard, il n’en reste pas moins acquis pour moi qu’elle a fait l’objet des sérieuses préoccupations de ce Gouvernement et qu’il cherche dans ce moment tous les moyens d’empêcher l’écrasement définitif du Japon.

J’ignore quel est l’état actuel de l’effectif militaire et naval des Etats-Unis, mais je tâcherai de me renseigner exactement à ce sujet.

1
E 2001 (A), Archiv-Nr. 648.