Language: French
29.11.1894 (Thursday)
Le Ministre de Suisse à Paris, Ch. Lardy, au Chef du Département des Affaires étrangères, A. Lachenal
Political report (RP)
La France ne s'inquiète pas du rapprochement anglo-russe. La question des Détroits ne l'inquiète pas non plus. Selon le Ministre du Danemark à Paris, le nouveau tsar es animé de meilleures intentions envers la France que son prédécesseur.

Classement thématique série 1848–1945:
I. SITUATION INTERNATIONALE
1. Alliances et relations entre puissances
1.9 Relations anglo-russes
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Printed in

Yves Collart et al. (ed.)

Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 4, doc. 155

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Bern 1994

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dodis.ch/42565
Le Ministre de Suisse à Paris, Ch. Lardy, au Chef du Département des Affaires étrangères, A. Lachenal1

Au Ministère des Affaires étrangères, on ne prend nullement au tragique les bruits de rapprochement anglo-russe. On constate moins d’acrimonie dans la presse des deux pays; c’est un fait et un fait dont on ne peut qu’être satisfait à Paris. On a lu le discours gracieux pour la Russie de Lord Roseberry, et on pense que ce discours a été inspiré par le sage désir d’éviter des coups; ce désir a été réalisé en ce sens que les deux Etats se sont rapprochés dans la question des Pamirs et ont évité d’entrer en hostilité dans l’Extrême-Orient au cours de la guerre entre Chinois et Japonais; c’est déjà quelque chose. Quant à croire à de plus vastes combinaisons, on s’y refuse à Paris, au Quai-d’Orsay, «pour toute espèce de bons motifs». La question des Détroits n’est nullement brûlante2; le Sultan a accordé et accordera encore aux Russes le passage d’effets d’habillement, etc., etc., à destination de Wladivostok et les Anglais continueront à en être mécontents. Il est matériellement impossible que des pourparlers de quelque importance aient eu lieu depuis un mois entre Londres et Pétersbourg, puisque le jeune Empereur avait autre chose à faire, et il y a mille bonnes raisons d’admettre qu’il n’avait nulle envie de s’engager maintenant dans de grandes combinaisons de politique extérieure.

Le Ministère des Affaires étrangères a reçu la confirmation officielle de la nouvelle que la Chine avait enfin envoyé au Japon un agent pour traiter de la paix mais on ignore encore ici ce qu’il a offert et encore plus ce que le Japon a répondu. On croit que le Japon veut d’ailleurs humilier la Chine encore plus qu’il ne l’a fait jusqu’à présent.

Le Ministre du Danemark à Paris, arrivé de Copenhague il y a deux ou trois jours, assure que les Français n’auront pas lieu de regretter le changement de règne et ont dû recevoir des assurances du nouvel Empereur de Russie pour le maintien des relations existant entre Pétersbourg et Paris sous le signe du défunt Tzar. Mon collègue danois m’a assuré avoir reçu cette nouvelle de très haut lieu.

1
Rapport politique: E 2300 Paris 47.
2
Sur la question des Détroits, cf. rapport de Lardy à Lachenal du 27 novembre 1894, non reproduit.