Language: French
14.3.1935 (Thursday)
Le Ministre de Suisse à Rome, G. Wagnière, au Chef du Département politique, G. Motta
Letter (L)
Wagnière se montre inquiet des agissements obscurs de certaines personnalités italiennes et suisses proches du Duce, mais il juge, malgré tout, ce dernier digne de confiance.
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Printed in

Jean-Claude Favez et al. (ed.)

Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 11, doc. 104

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Bern 1989

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dodis.ch/46025
Le Ministre de Suisse à Rome, G. Wagnière, au Chef du Département politique, G. Motta1

L’article que vous me faites l’honneur de me signaler par votre lettre du 9 mars2, publié par le «Notiziario settimanale d’informazioni dei Comitati d’azione per la universalità di Roma»3, ne m’avait pas échappé. De tels commentaires sur les événements de Suisse, et en particulier du Tessin, sont la monnaie courante d’une certaine presse et de tout ce qui émane du milieu de 1’«universalità di Roma». Ils ne trouvent, du reste, aucun écho dans les grands journaux, sauf, à titre exceptionnel, dans la «Tribuna».

Vous n’ignorez pas, d’autre part, l’action exercée par Parini, que le Duce considère comme un de ses meilleurs collaborateurs à ce qu’il m’a dit lui- même, et par Mme Parini née Colombi dont on m’a rapporté récemment encore des propos déplorables adressés par elle à une jeune fille suisse sur notre pays. J’ai toujours pensé que notre presse se montrait trop indifférente à l’égard de l’attitude de certains milieux italiens. Certains de nos publicistes fournissent même des armes à nos adversaires en revenant sans cesse, comme MM. Lombard et Grellet, sur la germanisation de la Suisse en général et du Tessin en particulier.

Le directeur du service de presse, Ciano, ne m’inspire aucune confiance et ce n’est pas à lui que je parlerai. En revanche, je compte saisir l’occasion de ma prochaine visite, en premier lieu à M. Suvich et en second lieu au Chef du Gouvernement, pour attirer leur attention sur les faits que vous m’indiquez. l-l

16 mars 1935.

P. S – Je viens de me rendre chez l’Ambassadeur d’Angleterre4. Le mouvement fasciste anglais ne lui a créé aucun ennui quelconque. Il ne comprend en Italie même que quelques amateurs qui forment un groupe négligeable.

Quant à Sir Arthur [sic] Mosley, l’Ambassadeur est convaincu que le mouvement dont il est le chef est en recul considérable. Il ne pense pas que les fascistes anglais aient reçu des fonds d’Italie et cela d’autant plus que M. Mosley a pris nettement parti contre certaines revendications italiennes à Malte.

Ce qu’il y a de plus grave dans ce que vous m’écrivez, c’est cette somme de 200 000 francs dépensée en Suisse par F «Universalité di Roma»5. Si vous avez des preuves à me fournir à ce propos, je vous en serais très obligé. C’est, en effet, sur ce point que je compte attirer l’attention du Ministère des Affaires Etrangères.

Son organe attitré, le «Giornale d’Italia», a publié hier soir un nouvel interview de M. Fonjallaz6. Vous verrez les paroles que ce personnage prête à Mussolini qui l’aurait reçu en 19337. Si je ne me trompe pas, cela aurait été la dernière audience accordée par le Duce à Fonjallaz. Il m’est malheureusement impossible de garantir qu’il n’y ait pas eu, depuis lors, d’autres entrevues. Il y a des dessous, dans toute cette affaire, qui me paraissent fort obscurs. Je ne doute pas de la loyauté absolue du Duce, dont les instructions nous furent très favorables dans l’affaire des faisceaux suisses8, mais, comme le constatait aussi l’Ambassadeur d’Angleterre, le Duce n’est pas seul à commander. Il se passe autour de lui et dans tous les domaines une quantité de faits qu’il ignore et qui ne peuvent pas lui être révélés par une presse muselée.

1
Lettre: E 2001 (C) 4/104. Annotation manuscrite de Motta: En circulation (pour mes collègues qui auront le temps de lire ce rapport par lui-même assez intéressant) 18.3.35.
2
Non reproduit (E 2200 Rom 22/1).
3
Sur l’activité des Comités d’action pour l’universalité de Rome (C.A. U.R.), présidés par le général E. Coselschi, cf. rubrique II. 15.5: Italie, congrès internationaux fascistes de Montreux..
4
E. Drummond.
5
Cf. sur ce point la lettre de G. Motta à G. Wagnière du 27 mars: Nous devons rectifier un léger malentendu: Le troisième alinéa de notre lettre du 9 mars n’entend pas dire que l’«Universalità di Roma» a dépensé en Suisse 200000 francs. Cette somme a été dépensée par le mouvement fasciste suisse, de l’aveu du Colonel Fonjallaz luimême, et l’origine de cette somme n’est pas claire. Il y a de fortes présomptions qu’elle provienne d’une source italienne, ainsi que la presse socialiste suisse n’a pas hésité à l’affirmer, mais une preuve irréfutable ne peut pas être fournie et cela n’est pas pour surprendre, car toutes précautions ont sans doute été prises à cet égard. Il ne nous est donc pas possible de formuler contre le Gouvernement italien le grave reproche d’avoir subventionné un parti fasciste suisse. Nous pouvons, en revanche, reprocher à des organisations officieuses, telles que l’«Universalità di Roma», de témoigner à ce parti fasciste suisse un intérêt suspect et c’est ce qui nous fait attacher une certaine portée à l’article du «Notiziario settimanale» que nous vous avons signalé.
6
Dans le numéro daté du 16 mars. Article intitulé: La marcia del Fascismo svizzero illustrata dal suo Capo.
7
Cf. no 19, n. 5.
8
Cf. nos 17et 19.