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Documenti Diplomatici Svizzeri, vol. 7-I, doc. 383
volume linkBern 1979
Dettagli… |▼▶Collocazione
| Archivio | Archivio federale svizzero, Berna | |
▼ ▶ Segnatura | CH-BAR#E2300#1000/716#895* | |
| Vecchia segnatura | CH-BAR E 2300(-)1000/716 395 | |
| Titolo dossier | Rom, Politische Berichte und Briefe, Militärberichte, Band 19 (1919–1919) |
dodis.ch/44128
Je suis allé voir M. Page, Ambassadeur des Etats-Unis, qui m’a retenu chez lui plus d’une heure et demie. Je sentais qu’il était heureux de pouvoir parler à cœur ouvert.
M. Page m’a raconté par le menu comment les choses s’étaient passées à Paris. M. Orlando ne parle pas l’anglais et M. Wilson ne sait pas un mot de français. La conversation entre ces deux personnages se faisait par le moyen d’un interprète qui aurait, paraît-il, constamment atténué dans la forme les affirmations des deux hommes d’Etat, de telle façon que l’un et l’autre ont pu croire qu’un accord était possible: c’est ce qui explique qu’on ait pu laisser si longtemps le public dans l’illusion. L’interprète fut, dans les derniers temps, remplacé par un haut fonctionnaire de la Consulta, le Comte Aldrovandi, Ministre plénipotentiaire, formé par M. Sonnino, et qui partage l’intransigeance absolue du Ministre des Affaires étrangères. Il faut noter, en effet, que M. Orlando est disposé par sa nature à la conciliation, tandis que M. Sonnino est un obstiné.
M. Wilson se trouverait lié vis-à-vis des Yougo-Slaves par les promesses qu’il leur avait faites. D’autre part, il avait lieu de se croire appuyé par Clemenceau et Lloyd George. M. Page est convaincu que ces deux Ministres avaient été informés du message envoyé par M. Wilson à son Parlement et qui a provoqué le brusque départ des délégués italiens.
M. Wilson, avant de prendre une décision sur cette question controversée avait envoyé sur place des commissions d’experts et s’est entouré de tous les renseignements les plus précis (il a jugé cette question en professeur de droit plus qu’en homme politique). M. Page ne sait pas si M. Wilson se ralliera à la proposition lancée par la presse française et qui consiste à laisser Fiume à l’Italie et à créer un nouveau grand port à Segni qui serait laissé aux Croates.
M. Page m’a raconté sa récente conversation avec MM. Orlando et Sonnino. Ce dernier a fait des difficultés pour le recevoir. M. Page est absolument convaincu que l’idée de M. Sonnino est de faire de l’Adriatique un lac italien fermé.
J’ai demandé à l’Ambassadeur ce qui arriverait dans le cas d’un conflit armé entre l’Italie et le nouveau Royaume Serbe, et si l’Italie pourrait compter sur l’appui de ses alliés actuels. Il m’a répondu qu’il ne le pensait pas. Il ne s’est, du reste, pas prononcé sur l’avenir qui lui paraît très incertain. Il s’est montré très indigné des attaques dirigées contre le président Wilson et je sais qu’il a exprimé ses sentiments au Gouvernement Royal.
Je vous prie de bien vouloir faire de ces renseignements un usage strictement confidentiel et ne nommer en aucun cas M. Page. Celui-ci est un grand ami de la Suisse et m’a dit encore combien il était heureux du choix de Genève. Mais il est un peu ébranlé dans sa foi en la Société des Nations.
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Conferenza di pace di Parigi (1919)


