Printed in
Diplomatic Documents of Switzerland, vol. 6, doc. 318
volume linkBern 1981
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| Archive | Swiss Federal Archives, Bern | |
| Archival classification | CH-BAR#E2001A#1000/45#761* | |
| Dossier title | Nr. 765. Angelegenheit BR Hoffmann und NR Grimm betr. Neutralitätsverletzung durch ihre Bemühungen um einen Separatfrieden zwischen Russland und den Zentralmächten (Hoffmann-Grimm-Affäre) (1917–1918) | |
| File reference archive | B.272.15 |
dodis.ch/43593
Informé du départ d’un courrier suédois dans une heure, je m’empresse de vous confirmer et vous expliquer ma dépêche de ce jour: «Bitte uns nicht mehr chiffriert zu telegraphieren, Brief folgt. Bitte um Empfangsbestätigung dieses Telegrammes.» Votre télégramme no 902 nous est parvenu le mercredi 24/6 juin. Son contenu a été verbalement communiqué à M. Grimm le vendredi 26/8 sans lui en montrer le texte et en lui recommandant la plus extrême prudence. Or, le lendemain samedi, M. Grimm est venu à notre Légation et a annoncé que les personnes avec lesquelles il est en rapport (ce sont les deux ministres maximalistes: Skobelev et Tseretelli ainsi que leurs tenants et aboutissants) lui avaient demandé s’il n’avait pas reçu une communication de la Légation de Suisse. Sur l’insistance de M. Grimm ils lui déclarèrent que l’«Agent russe à Berne avait télégraphié au Ministère des Affaires Etrangères que M. Hoffmann, par l’entremise de notre Légation, avait donné connaissance à M. Grimm des buts de guerre allemands».
M. Grimm a aussitôt pris le parti de nier absolument avoir reçu aucune communication de notre part; il a en même temps demandé à voir la dépêche ellemême, ce qui lui fut promis pour le lendemain dimanche.
Ne voyant pas réapparaître M. Grimm, j’allais hier soir faire porter un télégramme vous informant de ces faits, quand M. Grimm se présenta et déclara avoir arraché aux ministres socialistes l’aveu que votre dépêche no 90 avait été déchiffrée en entier au Ministère russe des Affaires Etrangères. M. Grimm n’en a pas vu le texte, mais on lui en a dit assez pour qu’il n’y ait aucun doute que la dépêche ne soit connue mot pour mot.
Je n’ai pas besoin d’insister sur les conséquences de cette révélation; il a été convenu que M. Grimm continuera à nier avoir reçu aucune communication; il a demandé à voir le texte de la dépêche déchiffrée et espère y arriver (il m’informera ce soir). D’après M. Grimm, l’affaire ne serait pas encore sortie des cercles gouvernementaux russes, mais c’est peut-être une question d’heures; les ministres hésitaient hier à publier la dépêche; M. Grimm espérait les en dissuader en invoquant les intérêts du parti socialiste, et en faisant valoir qu’il faudrait du même coup avouer avoir violé le secret de correspondances diplomatiques.
Chose curieuse, le Ministère paraît n’avoir aucune connaissance de la dépêche de Grimm à votre Département3, transmise par le chiffre allemand, alors que la vôtre était transmise au moyen du nouveau chiffre français. C’est pour cela qu’à tout hasard je vous ai télégraphié en allemand tout en évitant de m’exprimer nettement.
En ce qui me concerne, et comme je puis à tout moment être interrogé par le Ministère des Affaires Etrangères, j’ai pris la décision de me refuser à toute explication au sujet de communications que j’aurais pu faire ou ne pas faire à des Suisses, tout en marquant mon étonnement pour la curiosité du Ministère. Je chercherai s’il est possible de traîner les choses en longueur jusqu’à l’arrivée de vos instructions qui ne peuvent guère me venir que par courrier, puisque le chiffre est connu. Il va de soi que je serai heureux de recevoir aussi rapidement que possible un nouveau chiffre.


